Accéder au contenu principal

POURQUOI LES FEMMES N'AIMENT PAS LES PETITS GARÇONS / BLOG AU FIL DES IMAGES

14 novembre 2016

_Pourquoi les femmes n'aiment pas les petits garçons_, de Louis-Stéphane ULYSSE (2003)

pq-femmes-pas-petits-garçonsUn jour, les hommes découvrent que les femmes ont disparu.
Leurs affaires sont toujours là, mais leurs corps, vivants ou morts, ont disparu.
On dit qu'un père cache sa petite-fille, est-ce vrai ? - mais l'histoire ne souffre aucune exception. Les hommes vont devoir s'organiser avec cette absence, qui est partie pour durer...

On a affaire à un roman à l'écriture résolument contemporaine : chaque paragraphe renvoie à une situation différente, souvent sur le mode de ce qui serait une narration amoebée. Alternent un souvenir du passé, une situation où se trouvait une femme, le plus souvent une partenaire potentielle, réelle ou passée, et une autre situation où un homme, des hommes, essaient de vivre sans. C'est finalement le rythme naturel du sevrage : un souvenir, bon ou mauvais, un grand moment ou une mésaventure, réminiscence d'un rapport sexuel ou une réflexion du temps passé qui revient en tête, et le retour à la réalité avec, petit à petit, une évolution : grosses crises d'incompréhension, palliatifs divers, entrée dans l'indifférence...
Je ne comprends pas bien le titre, car d'une part le roman n'y répond pas, ensuite la thèse (d'ailleurs très discrète dans les récits) me paraît douteuse. L'auteur semble dire que les femmes quittent les hommes immatures. Cela vaudrait si toutes les femmes étaient symétriquement d'une maturité suprême. D'ailleurs, la régression au stade infantile des hommes a lieu vers la fin du texte, pas avant le départ des femmes. De même que la fiction est bâtie sur l'adage "Un seul être vous manque et tout est dépeuplé", je suppose de même que le cas qui occupe l'auteur se généralise à tous les cas.
Ça se lit vite et on ne se lasse pas trop vite, car les situations se déclinent sans se répéter sensiblement, et puis, pourquoi le taire, les situations souvent très impudiques, moralement ou érotiquement, attirent une curiosité qui confine au voyeurisme... sans compter les échos qu'on ne manquera pas de trouver en soi. Quelques touches d'humour et des clins d'oeil (à Patrick Juvet, si !) font sourire.
Citations :
  • Jamais elle n'aurait fait le premier pas. Lui, il n'y arrivait pas, et ça durait comme ça depuis des mois. Il tournait en rond, se reprenait, hésitait. Il avait fait le plus dur (...) Et elle, elle le regardait sagement de l'autre côté des flammes.
  • Tout d'un coup, il monte sur la table et commence à hurler. Le serveur le regarde, blanc comme un linge. Il est seul, debout à tous les défier, mousquetaire même pas masqué face aux renégats du roi : "Assez, bande de zombies ! Ras la cafetière de votre techno d'androgynes lobotomisés ! Du rock, bon Dieu ! Du bon vieux rock ! Du cuir, de la graisse et de la peau ! Des motos avec de vraies chiennes à l'arrière ! Des miches et des nibards ! Ça suffit les garçons coiffeurs déshumanisés !"
  • [I]l s'imagine dans la bouche d'une femme, lui debout, elle à genoux, affamée, inondée, la courbure de ses hanches comme un soleil.
  • Il la voyait tourner en rond, chercher des preuves, demander, attendre, espérer avant de se murer dans un silence de plusieurs heures.
  • [Un homme a envoyé son numéro de téléphone à une femme nouvellement connue, sous forme d'envoi de roses quotidien. La femme l'appelle et la conversation tourne au vinaigre.] Le lendemain, (...) il trouva douze roses un peu abîmées (...). Il se décida à l'appeler afin d'en avoir le coeur net.
    - Allô, c'est quoi ces conneries ?
    - C'est le douze.
    - Quoi, le "Douze" ?
    - Police-secours.
    - Connasse !
    Il raccrocha.
Posté par DonaSwann à