INTERVIEW MAXENCE GRUGIER (UNCUT), NEW NOISE 29




Dans Médium ton narrateur dit (à propos de Schoulberg) : "l'époque le dégoûtait, mais à force d'être dégoûté, il avait l'impression de devenir lui-même une sorte d'entité dégoûtante." C'est quelque chose qui arrive un jour non ? Quelques soient les efforts que l'on fasse. Comment se bagarre-t-on contre ça ? Doit-on abandonner, cesser de se bagarrer ?

Au moment où Schoulberg ressent ce dégout, il vient de vivre une expérience très forte et il est complètement perdu, il n'y arrive plus. J'imagine que c'est une sensation qui peut être éprouvée par n'importe qui, à des moments précis... Une sorte d' "à quoi bon" autant désespéré que désespérant, et sans doute que le temps, à la fois de profusion et de confusion, dans lequel on vit aujourd'hui, n'arrange rien. Il y a tout un passage au Bengale, où Schoulberg s'exprime sur la notion du choix, je crois que c'est une idée intéressante... De même, les derniers mots du narrateur, à la fin du roman... L'âge ne te donne pas nécessairement un coup d'avance sur un mode d'emploi pour vivre... On sait seulement qu'il y a des trucs qu'il faut éviter. J'aime bien le "Qui suis-je ?" posé par Spinoza et par Maharshi. Il ne donne pas des réponses, mais davantage des questions qui amènent parfois à voir les choses autrement.

Tes centres d'intérêts sont vastes et parfois déconcertants en conséquence. Il y a les Cramps mais tu évoques aussi des scènes éloignées, comme l'interlude truculent sur l'oncle homo, compagnon de route des français qui participèrent de l'éclosion disco aux États-Unis avec entre autre Village People (anecdote véridique et dont on ne parle pas assez d'ailleurs) mais tu parles aussi de la soul, le blues... Tu écoutes encore beaucoup de musique ?

Oui sauf quand j'écris, parce que à ce moment-là, j'ai besoin de trouver ma propre musique. Sinon, oui, c'est même parfois une sorte de médicament... Il y a longtemps "New sensations" de Lou Reed, par exemple, m'a sauvé la vie à un moment précis... Pareil pour le répertoire de Trenet, le "Back in your life" de Jonathan Richman, ou des albums de J.J. Cale...

À ce propos, tu te fais un plaisir de parler de personnalités peu connues ou oubliées de la musique (comme Alain Z. Kan, beau-frère du chanteur Christophe et fondateur du Groupe Gazoline, figure pré-punk française ou Leon Thérémine et Hasil Hadkins). Ce sens de l'anecdote, tu le cultives dans presque tous tes livres à peu près depuis La Fondation Popa ? Ou je me trompe?

Au début des années 2000, il y a eu les deux premiers Bolano d'un côté, et l'arrivée des premières séries HBO de l'autre, et ça a bougé pas mal de trucs sur la façon de raconter une histoire ; pour moi, ça a commencé avant "Popa", avec "De l'autre côté de la baie". À Cette époque là, je pensais que je n'écrirais plus de romans, je faisais du rewriting ou de la lecture de scénarios. Donc je me sentais sans doute "inconsciemment" plus libre d'écrire exactement comme je voulais.

Tu fais la même chose avec d'autre personnages improbables de l'histoire des USA : serial killer, présentateur TV, poulet décapité mais vivant... Cela participe à l'impression de décalage... Ou vas-tu chercher ces histoires ? D'où vient cet intérêt pour l'étrange, le hors-norme américain, les freaks ? C'est très Cramps aussi.

Ça me semblait difficile de procéder autrement en parlant des Cramps. Leur univers est constitué d'un nombre infini de références. Et chacune de ces références, ouvre à son tour, sur une multitude d'autres... C'est sans fin... Internet permet ça aussi. La combinaison des deux fait que tu commences une recherche sur Elvis Presley et que tu te retrouves à lire "L'Inde mystérieuse" de Paul Brunton, le premier occidental a avoir écrit sur le bouddhisme. Certains fans des Cramps disent que le groupe est plus grand que sa musique. C'est vrai dans le sens où ils te donnent un univers, un monde, en plus de leur musique.

Il y a un côté à la fois burlesque (le domestique indien qui fait penser a un Buster Keaton Tamoul...) et flottant dans ton roman. L'évocation que tu fais de la Californie, lieux irréel, mythique. Quelque soit tes livres tu arrives toujours à peindre de ces ambiances un peu rêveuses, "cette mélancolie éternelle" dont tu parles, ou se crépuscule lumineux qui n'en finit plus". Tout ça constitue un peu ta marque de fabrique, pas vrai ?

Parce que c'est ce que je me souhaite pour moi-même, je voudrais vivre comme ça. L'écriture, la lecture, ce sont quand même, encore aujourd'hui, les moyens les plus simples pour voyager dans le temps, et dans l'espace des autres, leurs vies, leur destinée... Donc il y a forcément des moments d'excitation, mais aussi des moments où on regarde "tout ça" avec plus de distance, et une autre émotion. Cet hiver, j'ai été présenté "Harold" en Amérique centrale et, au retour, j'ai quitté Mexico dans la nuit. Pendant quelques minutes la cabine du Boeing s'est éteinte, on montait presque à la verticale, on n'était éclairé que par les lumières de la ville en dessous, et c'est exactement ce genre de sensations que je cherche.

On a aussi le sentiment d’une certaine nostalgie personnelle pour la façon dont se comportaient les gens dans le temps L'oncle par exemple, fait une sorte trait d'union entre le passé et le présent, une époque ou les gens était plus vrais, plus fous qu’aujourd'hui... Non ?

C'est compliqué à dire... C'est plus facile d'avoir une certaine distance pour évaluer des comportements ou des destinées exceptionnelles qui ont déjà existé et qui sont donc derrière nous. Je pense qu'il y a autant de gens géniaux aujourd'hui, mais ils sont encore "en mouvement", donc il est plus difficile d'évaluer ce qu'il en restera. Aussi, sans doute, parce que comme je l'ai déjà dit, on est dans une période à la fois plus riche et plus confuse... La multiplicité des sources d'information, par exemple... Tu as le fait brut, très simple, très basique, avec son impact émotionnel, avec en-dessous, une multitude d'analyses possibles, ce n'était pas le cas avant.

Ton éditeur parle de Paul-Thomas Anderson (Magnolia, There will be blood, Inherent vice) pour évoquer ton roman. C'est bien vu. On y trouve le souci du détail, le goût pour les personnalités étranges, les scènes qui se succèdent en éclipse. Et tu aimes beaucoup le cinéma. Qu'en penses-tu ?

Ça fait forcément plaisir... Paul-Thomas Anderson est le fils de Ghoulardi, qui est évoqué dans le roman, et qui est souvent cité par les Cramps, au même titre que Mad Daddy. De fait, il y a sûrement des échos, des passerelles naturelles, entre ces univers, sans que j'ai même besoin d'y penser ou de chercher à tisser un lien. Au début de l'écriture, j'ai surtout pensé au "Ed Wood" de Tim Burton, et puis la référence a disparu très vite, parce que les Cramps étaient réellement au niveau de ce qu'ils incarnaient et finalement la référence à Burton m'est apparue de moins en moins évidente. Mais je n'ai pas vraiment pensé cinéma sur ce texte. J'ai essayé de garder l'esprit de "cabane au fond du jardin", où on découvre de vieilles coupures de presse avec une petite lampe électrique.

Ton personnage principal, producteur un peu loser, mais surtout revenu de tout, communique avec les morts, et en particulier avec Lux Interior des Cramps. Question classique : commet t'es venue l'idée ? Cette histoire de communication médiumnique est-elle le prétexte pour retracer toute une mythologie du rock, qui s'inspire aussi, Cramps obligent, du cinéma, des faits-divers, de la culture trash ?

J'ai juste été pragmatique. Lux était mort depuis deux ans, et je n'allais pas sonner à la porte de Poison Ivy, à Los Angeles, pour lui dire : "Hello, tout va bien ?". Donc, j'ai beaucoup pensé à eux en les imaginant, en les rêvant. Ensuite j'ai commencé à en parler autour de moi. Un ami journaliste (que tu connais peut-être) m'a prêté "For the love of Ivy" la très bonne bio d'Alain Feydri chez Camion blanc. Je me suis vraiment régalé et j'ai correspondu avec Alain qui a été très bienveillant sur le projet... J'ai fait quelques recherches sur internet, sans trop y croire, et les premiers contacts et témoignages sont arrivés. Bien sûr, les gens étaient un peu méfiants au début mais les Anglo-Saxons sont "culturellement" plus cool quand tu les contactes. Jacques Binzstock, l'éditeur de "La Fondation Popa", m'a beaucoup encouragé, il était lui même dans une période difficile, mais il m'a vraiment aidé et soutenu comme il a pu.

Il y a peu, Sonic Youth se séparait pour cause de « tromperies » dans le couple fondateur. L'événement a marqué les esprits. Il y a peu de couples qui tiennent dans ce milieu. Celui de Lux et Ivy était exemplaire. Soudé au point que - tu l'évoques dans ton livre, ils pouvaient sembler un peu distants, retirés du monde, isolés dans leur univers étrange. Comment envisageais-tu leur vie avant d’écrire le roman, pour pouvoir l’écrire je veux dire ?

Les Cramps je les avais vu "en vrai" en 84, à la terrasse d'un petit café sur la gauche de l'Eldorado, où ils devaient jouer le soir même. C'était en juin, en milieu d'après-midi, Il faisait lourd et gris, j'imagine qu'ils étaient là pour les balances. Le premier truc qui m'a frappé c'est qu'ils paraissaient immenses et très calmes, très cool... J'adorais leur "Psychedelic jungle" mais j'étais plus porté sur les Unknowns et Gun club. C'était une période où les concerts me décevaient. Sans doute aussi, parce qu'on avait passé des mois à fantasmer ces groupes au travers des papiers de Philippe Garnier. De toute façon, moi ce que j'aimais c'était surtout écouter de la musique, allongé dans le noir pour me faire mes films. Après, "A date with Elvis", je suis passé à autre chose, j''écoutais d'autres trucs. Et puis, 25 ans plus tard, en pleine promo de "Harold", un matin, au réveil, leur "You've got good taste" m'est tombé sur la tête, sans prévenir. Ça ressemblait à une sorte de cri de rage cannibale assez joyeux, et ça mettait tout de suite de bonne humeur...

Pour raconter l’après-Lux de Ivy Poison, on imagine que tu as du te documenter non ? Comment as-tu procédé ? Es-tu allé à L.A. Quid des Anecdotes comme celle de « Peter Pan et sa fée clochette », racontée par Paul Fahey par exemple ? Véridique ou non ? Raconté par lui ? Il existe ? Qui as-tu rencontré/contacté d’autre ?

L'anecdote de Peter Pan est vraie. Elle a été racontée par l'ami de Lux qui conduisait la voiture quand ils ont pris Ivy en stop... Il ne s'appelle pas Fahey... Fahey c'est ce guitariste qui a retrouvé Skip James dans les années 60, un des grands mystères du blues, on a toujours du mal à comprendre d'où lui sont venus certains de ses accords... Fahey, c'est Noël Akchoté qui me l'a fait découvrir. Je voulais qu'il m'explique un peu les contraintes d'un guitariste, les caractéristiques de la Gretsch 6120 qu'utilisait Ivy, le son et le jeu spécifique, ce qu'on ressent... Noël, on ne se voit pas souvent mais quand on s'écrit, c'est très enflammé, passionné, je l'admire vraiment. Varoujan, aussi, à sa façon, m'a aidé. Parfois quelqu'un peut te donner le déclic juste par sa façon de penser, sans passer par les questions. Il travaille sur les musiques des films de Virginie Despentes, tout en jouant avec "Le Peuple de l'herbe", il fait un boulot épatant, très fin. Éric Débris de Métal Urbain, est un ami, et même s'il n'est pas un grand fan des Cramps, il a essayé de m'aider aussi, ainsi que Gilles Leroux qui travaillait avec lui chez Bondage records, Christian Croizard, le chanteur guitariste des Privés, ceux qu'on voit dans le film "La brune et moi" aussi. On ne s'était pas parlé depuis ces années-là, et personne ne savait ce qu'il était devenu. Avant la phase "écriture", le côté "détective" est ce qui m'excite le plus. Christian, c'était mon meilleur ami et on avait plein de projets ensemble. Aujourd'hui, il est grand-père et on recommence à se parler et s'écrire. Pareil pour mon ami Hervé, qui est photographe en Thaïlande, mais qui interviewait des groupes à San Francisco à cette époque-là... En creux, le roman est un hommage à ces vies-là, aussi... Parce qu'ils ont tous en commun de faire ce qu'ils ont envie, pour eux, en se foutant de ce que les autres peuvent penser. Ils sont dans leur monde, dans leur désir.

Côté style, Médium est différent de tes précédents. Harold était hyper précis et presque documentaire, La fondation Popa est un roman ligne claire. Là, tu écris plus librement : style parlé, parfois télégraphique, au fil de la pensée (d'Ivy par exemple quand elle perd Lux ou de Schoulberg dans ses communication avec l'au-delà) on est au plus proche des sensations, c'est moins cérébrale plus "senti"... Tu es d’accord avec ça ?

Pour moi, c'est une suite logique et assez complémentaire. ça été un texte sans grandes retouches, donc j'imagine que c'est mon style "naturel"... sans doute aussi parce qu'à un moment, j'entre comme personnage dans mon roman. Il y avait, bien sûr, l'influence de Philippe Garnier qui peut avoir une écriture très "parlée"... En fait, c'est faux, on ne parle pas comme ça, c'est tout un boulot, mais on essaye de donner cette illusion là. Il y a eut un moment, où, là encore je me suis retrouvé un peu perdu : seul, loin de Paris, plus vraiment d'éditeur... Il ne me restait que mon texte et mon envie de le terminer. Dans ces moments-là, tu te fous complètement de savoir si ça plaira, et à qui, donc tu essayes d'être au plus près de ce que tu veux vraiment.

Tu t’autorises aussi de grand moment de folie, et beaucoup d’humour...

Bah, je crois que je cherchais surtout à me consoler de quelque chose, à m'échapper d'une réalité qui me rendait triste.

Tu évoques la théorie de Duchamp selon laquelle une œuvre d'art tient avant tout à la façon dont nous la regardons. C'est pareil pour la vision que l’on entretient du monde, non ? C'est aussi ta définition de l'existence en tant qu'écrivain ?

Disons que pour un écrivain, à force de raconter des histoires, il se rend compte qu'il y a des comportements qu'il ne peut pas expliquer seulement par le prisme de la raison ou de la logique, il ne peux que conclure : "Oui, après tout, c'est humain." Après, je pense qu'il y a toutes sortes d'écrivains, donc c'est assez compliqué même si, d'une façon générale, et même si elle est formulée dans toutes les gammes émotionnelles possibles, il s'agit toujours au final d'une volonté d'amour, "aimez-moi, aimez moi autant que je voudrais vous aimer"... La théorie de Duchamp, même si elle peut paraître "domaine public" aujourd'hui, a changé la donne en son temps. Je ne sais pas si ça peut s'appliquer à une vision particulière de la vie, parce que même s'il ya un lien, l'art et la vie ne vivent pas dans le même temps. Mais, en même temps, on peut trouver un rapport avec les pensées de Spinoza et de Maharshi. Je pense que Duchamp était juste dans un registre de raisonnement ludique, rien d'autre, mais je n'en ai pas la preuve non plus. Ce qui est marrant, c'est qu'à leurs débuts, les Cramps disaient détester l'art, et puis dans l’album Flame job, ils ont une chanson intitulée "Naked girl falling down the stairs" inspiré par un tableau de Duchamp. À travers sa passion pour la photo, Lux avait découvert Man Ray qui l'avait conduit à Duchamp. À sa manière, Lux avait finalement lui aussi changer sa façon de regarder l'art... Même si j'ai un doute, comme on peut le sentir chez Feydri, ou comme Garnier l'exprime plus clairement à la toute fin de "L'Oreille d'un sourd" sur ce qu’était réellement le couple Ivy/Lux...

Il y a aussi ta théorie sur "la musique des sphères". Le fait que certaines musiques vous touchent en dehors d'une zone ou "l'intelligence et les facteurs culturels" ne veulent plus dire grand-chose... Tu peux nous en dire plus sur cette idée ?

Poison Ivy expliquait que, pour elle, chaque note avec sa Fender donnait une couleur, et que les couleurs qu'elle générait avec sa guitare lui évitaient de prendre des médicaments. C'est parti de là... Ensuite, il y a ce que dit George Steiner sur l'écriture : "Il y a eu des civilisations sans écriture mais jamais sans musique". Platon définissait la musique comme une "loi morale" qui "donne des ailes à la pensée". Encore une fois, peu importe la musique, Dalida, Sardou ou J.J Cale, c'est juste qu'un morceau précis va convoquer chez vous une sensation que vous avez du mal à partager autrement. C'est une expérience mystique mais qui ne passerait pas, nécessairement, par un ordre religieux défini. Pendant des années, on a cherché a entrer en communication avec les dauphins et les orques. On est parti du fait qu'il fallait décoder, traduire un langage, c'est ce qui paraissait le plus logique, avant de s'apercevoir que la structure de langage chez un dauphin était plus complexe que chez les humains, il y a moins de mots et de constructions qui amènent à des idées, telles qu'on se les représente, mais il y a vraisemblablement plus de paramètres et de variables dans leur mode de communication et donc tout a été remis à plat depuis les travaux de John Lily. Aujourd'hui, ils cherchent plus sur une approche possible avec la musique... Un peu comme la scène de "Rencontres du troisième type"... C’est le travail de Jim Nollman à Vancouver, qui joue de la guitare électrique sur son petit zodiac aux orques qui l'entourent.

Schoulberg est ton personnage le plus autobiographique, et en même temps le mystérieux narrateur correspond mieux dans ce rôle, je me trompe ?

Disons que je peux partager certaines idées de Schoulberg mais que ma voix, ma façon de parler, mes préoccupations, mes questionnements, sont ceux du narrateur.

Medium c'est avant tout un roman autour de la mémoire non ? De la mort aussi ? Du temps... Comment vieillir quand on a vécu une vie pareille ? Comment s'en sortir sans tomber dans le ridicule ? Évacuer les clichés, "stop ou encore", tout ça...

J'ai surtout penser à une histoire d'amour, celle des Cramps, et à la mienne aussi, parce qu'elle était en train de se terminer. En questionnant l'une, je cherchai des réponses pour l'autre. La seule réponse apportée dans le livre, l'est par Schoulberg : il vit dans son monde, l'autre, le vrai, ne l'intéresse pas. Ivy, avant le décès de Lux, se pose la question, le narrateur aussi, mais chacun trouve à sa façon une adaptation au réel qui l'entoure. Quelques mois avant le début de l'écriture, j'avais été très perturbé par un livre de Richard Matheson, "Le jeune homme, la mort, et le temps". Ce n'était pas forcément bien écrit, il y avait parfois ce côté bancal que tu peux retrouver chez John Carpenter, mais il y avait un tel climat, quelque chose de très doux, presque hypnotique et apaisant, que tu n'avais pas envie de refermer le livre. Et s'il y a finalement un modèle, une envie, c'était de pouvoir écrire un livre comme ça, un livre dans lequel on se sente bien et qu'on n'a pas envie de refermer.