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MEDIUM LES JOURS DE PLUIE / TARA LENNART


[CHRONIQUE] Médium les Jours de Pluie de Louis-Stéphane Ulysse


En 2009, je saluais d’un modeste « RIP Lux Interior » sur mon profil Facebook la disparition d’une des icônes d’une adolescence anachronique. J’aurais aimé être jeune plus tôt. Vivre les années 80 et le Palace, découvrir le bruit artistique de groupes créatifs et loufoques. Mais je suis née à la fin de cette ère. Désormais, les médiocres BB Brunes se sont emparés du mythe et ont osé l’attaquer à coups de jeux de mots destinés à faire rougir des gamines ignorantes sous leur frange Dessange. Soupir de lassitude. Rock, es-tu donc bien mort en 1999 sous les hurlements du dernier prêtre de la décadence, Marilyn Manson ?
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A en croire ce roman, il semblerait que si le rock souffre d’un cruel manque de souffle nouveau, il existe encore des médiums assez alertes pour le faire revenir d’entre les morts et beugler à la face du monde, comme au bon vieux temps. Louis-Stéphane Ulysse en est un, à l’image de son héros improbable, Schoulberg. Ancien producteur musical, Schoulberg s’exile aux Etats-Unis après une sorte de tentative de suicide qui lui fait voyager de « l’autre côté » et lui confère de fait une aura mystique. D’abord aussi médium qu’une poule peut danser le cha cha cha, il se contente d’escroquer quelques riches américains séduites par son exotisme frenchie. Jusqu’à ce que, par hasard, un jour de pluie, il entre vraiment en contact avec le fameux et décédé Lux Interior, qui lui, cherche à parler à l’amour de sa vie, Poison Ivy Rorschach. Voilà pour le pitch, en dire plus serait sacrilège inutile.
Il y a du rock, du fantastique, du sarcastique, du loufoque dans ce roman hommage aux Cramps (quoi VOUS ne connaissez pas les Cramps ? Sachez que c’est mal), bien sûr, mais à la musique en général. A la musique et à l’amour. D’ici je devine les sourcils se hausser. De l’amour dans un livre rock, ladies and gentlemen ? Parfaitement. Et c’est une des forces de ce roman fluide, qui se lit comme une course poursuite tarantinesque, boosté par la bande son infernale qui se révèle au fil des chapitres. Louis-Stéphane Ulysse raconte une histoire, plusieurs histoires, même, d’amour. De différentes formes d’amour, du plus pur au plus malsain, de l’amical au sentimental. Et tout ceci sans la moindre niaiserie. Il se dégage même une tendresse profonde des différentes parties du livre, jusqu’à la fin, où l’on rencontre le narrateur, un journaliste volontairement exilé au fin fond , type blessé par la vie et à fleur de peau qui se livre sans faux-semblants.
Keith Richards a dit un jour « the rock is easy but the roll is something else ». Evidemment, il a raison, car Keith a toujours raison. Il se trouve que Louis-Stéphane Ulysse a bien retenu l’adage et réussit un livre rock and roll sans fausse note *
*ndlr : cette pirouette digne de Philippe Manoeuvre était incontournable, nous nous en excusons.