LA FONDATION POPA / MILLE FEUILLES


Parfois, dans la ville, Metzler peut faire ça aussi : passer sous les
fenêtres de quelqu'un dont il ne se souvient pas. Cela peut être une nuque
de femme, un visage sans traits, un chignon, un corps assis à la table
foncée du salon. Est-ce qu'il y a des enfants qui jouent quelque part ?
Non, il est sûrement trop tard… Une sonnerie de téléphone… Ce n'est pas
ici.
La radio déroule une bande-son sans commune mesure avec l'inquiétude
éprouvée à l'endroit de Metzler. Quelques occupations, quelques images
dans la télé, et la silhouette se sent au même moment dans le quotidien et
son dehors. Plus rien ne peut être pareil puisque l'homme auquel elle
pense n'est plus dans la même réalité. Il faut pourtant continuer. Il faut
bouger, penser, être actif et faire avec.
Lorsque le soleil est là, la silhouette se dit que tout serait plus facile
dans l'obscurité, mais une fois dans le noir, quand le soleil se couche,
elle en vient à regretter cette absence de lumière.

La Fondation Popa, septième roman de Louis-Stéphane Ulysse s'annonce comme
une belle surprise. Evocation surréaliste, parfois ironique et un peu
cruelle du monde de l'art et de l'art dans le monde, mais aussi roman
autour de la création, la mémoire et la transmission, La Fondation Popa ne
manque ni d'élégance, ni de qualités. Si son style extrêmement pur évoque
étonnement les grands de la ligne claire (Hergé, Edgar P. Jacob, Yves
Chaland et Ted Benoît), le roman emprunte aussi au charme suranné des
Perec, Raymond Roussel ou Kafka, tout en débordant parfois vers les
excentricités contemporaines d'un Will Self. Au fil des pages on croise
Buddy Holly, Yma Sumac ou Madame Pompidou, sur fond de Devo et de Jonathan
Richman… Décidemment, David Calvo, Fabrice Colin, Stéphane Beauverger…
Ulysse. Nos auteurs francophones relèvent la tête on dirait.

Coming soon sur Flu le mag : entretien avec Louis-Stéphane Ulysse
La Fondation Popa
Louis-Stéphane Ulysse
-à paraître en janvier 2007 (Edition du Panama)