LA FONDATION POPA / JOEL JOANEST


- Bonjour Louis-Stéphane Ulysse…

- Bonjour.

- Ce qui me frappe avec votre dernier roman, « La Fondation Popa », c'est le changement radical de style par rapport à vos autres livres ?

- Oui… Je ne peux dire que : « Oui », je ne vois pas ce que je peux dire d’autre, là, aujourd’hui, comme ça… Bon, j’ai une idée, un sujet, un fond ; après, à partir de ce fond, je vais laisser venir une forme… En général, je n’ai pas qu’une solution, mais plusieurs, c’est toujours un moment de mauvaise excitation pour moi, le moment où je dois faire un choix, c’est vraiment violent, à se cogner la tête contre les murs… Quand « La Fondation Popa » n’arrivait pas à « s’écrire », quand j’hésitais sur un choix, une fois, je me suis vraiment cogné la tête contre un mur…

- Ça vous a aidé ?

- Non, ça m’a fait mal sur le coup, ça m’a calmé quelques minutes, je me suis fait peur après… Comme je suis hypochondriaque, et comme il n’y avait pas de bleu, je me suis dit que je m’étais sûrement fait un truc grave… Ça m’a distrait un peu dans la journée, ça m’a éloigné de la décision, du choix que j’avais à prendre… Dès fois, je vais dans les églises, j’aime bien celle de Saint Germain l’Auxerrois, près du Louvre… Je fais des courses dans une grande surface, ça aide, il n’y a pas de si grande différence entre choisir une marque de yaourts et choisir un style d’écriture… Le plus souvent, je sais que c’est bien quand j’écris sans réfléchir ; dans ces cas-là, la forme me donne le fond sans vraiment avoir à y penser… La vérité, c’est que je n’aime pas vraiment écrire. J’aime être dans un univers, avec les personnages, j’aime vivre avec eux, mais l’écriture en elle-même ne me prend jamais beaucoup de temps, ce sont les corrections qui me prennent du temps, le montage aussi ; j’ai rarement écrit « tout droit », dans l’ordre ; pour celui-là, la fin a été finie avant le début, c’est de la couture, j’ai inversé pas mal de chapitres pour trouver une émotion différente… C’est souvent une question d’émotion… J’aime bien la notion de montage même si je crois que les deux prochains textes seront verticaux, écrits en ligne droite.

- Jusqu’où êtes vous, ou pas, votre personnage principal ?

- Mes textes sont les seuls espaces où je suis : « tout ». Je peux aussi bien être un homme qu’une femme, qu’une voiture, une chaise, une table, je mets de moi dans tout. Quand j’écris, je suis Dieu mais aussi les créations de Dieu, c’est sympa, c’est le retour au réel qui est flippant… Non, en fait, c’est peut-être ça aussi qui me permet de ne pas souffrir du réel. C’est pour ça que la phase promo est vraiment un truc insupportable pour moi, j’ai des angoisses, l’anxiété est démultipliée, je ne sais pas faire ce travail là. Je saurais très bien le faire pour un autre auteur mais pas pour moi. Je n’aurais pas d’anxiété à lire ou jouer le texte de quelqu’un d’autre, je n’aurais pas de problème avec ça, mais là, je ne sais pas, c’est comme un blog d’écrivain, je trouve ça obscène, déplacé. Un bon auteur n’a pas à dire : « Lisez-moi, c’est un bon livre », c’est l’inverse de l’écriture, on tue le secret. On a besoin du secret pour lire comme pour écrire. La souffrance est de montrer son travail pourtant c’est ce qui fait sa valeur. Je n’ai pas de souffrance quand j’écris ; même si parfois, en vieillissant, il y a des moments où je me demande si c’est moi qui écrit… Je me demande parfois si je ne suis pas qu’un zombie qui capte par bribes des âmes qui passent.

- Comment vous considérez-vous par rapport aux auteurs français et comment expliquez-vous votre manque de reconnaissance ? Autrement dit avez-vous le sentiment d'être à votre place ?

- J’ai souffert dix ans de ma vie avec ça ; disons jusqu’à l’avant dernier, « De l’autre côté de la baie», je me suis fait du mal, je me suis laissé faire du mal, et j’ai forcément fait du mal ; aujourd’hui, je ne veux plus entendre parler de ça. Je n’écris définitivement pas pour ça. Le seul enjeu à ce niveau, pour moi, est de savoir qui va publier le prochain, comment et pourquoi. En ce moment, j’ai un éditeur avec qui je me sens bien, je crois qu’on est amis, c’est quelqu’un que j’aime vraiment… Maintenant, j’ai plus de mal avec la promo, la communication, je ne sais pas, c’est pas sain, c’est pas bien, il y a un truc violent : vous faites quelque chose d’unique, pas de meilleur ou de pire, mais juste cette notion là : « unique », et les autres vendent toute l’année des choses uniques… Je pense qu’à partir de là, c’est difficile de s’entendre, on fait semblant, dès fois on s’attache à la personne, je suis souvent … Non, je me piège souvent dans des rapports contradictoires, parce que pour moi, l‘écriture est liée à mon quotidien, c’est l’écriture qui m’a sorti de la merde où j’étais et qui, en même temps, m’empêche de vivre tout ce que je voudrais. Aujourd’hui, pour revenir à votre question, je suis à ma place, parce que ma place, c’est celle où je suis, par logique, personne n’est à ma place et je ne veux la place de personne. J’aimerais, disons que ça serait plus facile, si mes livres se vendaient mieux, c’est tout… Mais, fondamentalement, ça ne change rien à ce que j’écris… Le désir n’est pas là… Pour le reste, je ne me sens pas, ou plus, victime d’un complot ou de l’incompétence d’autrui, j’ai, au contraire, eu beaucoup de chances mais pas toujours les bons outils, la bonne intelligence pour les saisir. Il ne faut jamais oublier que personne ne vous force à écrire, c’est un choix.

- Pourriez-vous parler d'autres auteurs français avec qui il y aurait une communauté, un partage de vue ?

- Bof… Non… Je peux dire que j’aime lire mais je n’ai paradoxalement pas le temps de lire quand ce n’est pas lié à un projet. J’ai une culture de petit singe : je prends tout au moment où j’en ai besoin, je sais que c’est dangereux parce que ça donne une vision parcellaire du monde, on est vite en circuit-fermé dans ses préoccupations immédiates, et je suis très malheureux de ça. J’aime lire les gens que j’aime et dans ces cas-là je n’ai plus de subjectivité. Je crois que je suis un bon lecteur sur des données techniques, le rythme, la couleur, mais pas sur le fond. Je fais partie des gens qui pensent qu’au bout d’un moment tout se vaut… Il y a une polémique sur ça en ce moment, vous le voyez quand vous surfez sur internet : l’engagement, etc. En fait, c’est dans le prolongement des débats sur le « politiquement correct ». Les gens qui renient le « tout se vaut » sont souvent des gens qui, en deuxième intention, vont vouloir vous prouver qu’ils valent mieux que les autres… Je pense que la création est géniale justement parce qu’il y a un territoire de liberté ou chacun peut poser sa maison, construire son espace… On peut préférer aller dans la maison d’untel pour de bonnes et de moins bonnes raisons, mais de là à décréter que la maison d’untel où on aime aller est la meilleure du monde, c’est puéril, c’est fermer la porte des possibles. En fait il y a une réaction contre le « tout se vaut » parce que ça a été d’abord un argument utilisé par des gens qui voulaient être considérés comme des créateurs alors qu’ils étaient en premier lieu des raisonneurs, des justificateurs… Pour moi, Sartre, Debord ou Breton, sont des raisonneurs, sans doute de génie, mais je ne les aime pas, ils ne me séduisent pas. Mais, malgré tout, il vaut mieux rester sur le « tout se vaut », sinon on risque d’entrer dans un système vertical, un peu comme avec Sarkozy en politique aujourd’hui, où il y a le risque du manque de possibles, il y a un classement, avec des winners et des loosers, c’est le fonctionnement binaire, le « 0 » et le «1», le numérique, mais pas de variable, on est dans un loft, c’est le même système, c’est pour ça aussi que je trouvais que François Bayrou proposait une alternative très intéressante, honnête, simple… Et puis, toujours, au bout du compte, il faut se demander qui est habilité à dire : « c’est bien », « pas bien »… Un auteur n’a pas à se mêler du classement des auteurs, c’est se tromper de route ou s’engager sur une route plus que suspecte… Je ne dis pas que le champ de la création est nécessairement un truc de « dernier de la classe » mais j’ai commencé à écrire parce que je trouvais que c’était un domaine où on pouvait raisonner autrement qu’en tenant compte des « premiers de la classe ».Les gens qui ont écriture qui me plait en ce moment, c’est, dans des domaines variés, différents, ça peut être quelqu’un qui m’envoie un mail aussi… En français, j’aime bien, je sais pas, Philippe Garnier, Virginie Despentes, Jean-Pierre Théolier, Philippe Manœuvre, Claire Vassé, Antoine de Baecque, Thierry Théolier, Daniel Carton, Pierre Michon, Bergougnoux, Bracque, Raymond, Clavel…Garcia dans Livres-Hebdo aussi… Récemment, j’ai lu un très bon roman d’Agnès Lacore… Je lis ma fiancée aussi même si elle est essentiellement éditrice pour le moment, j’aime bien lire ses petits mots, ses petits mails… Je ne suis pas forcément dans le même engagement que les gens que j’ai cité et, pour certains, je n’aime pas ou ne partage pas leur vision du monde, mais ils ont tous ce truc qui fait que je les lis jusqu’au bout, comme si j’avais faim. Je ne crois pas à tous ces trucs sur l’engagement, je crois que ça participe encore et toujours au fantasme de l’écrivain quand on écrit pas ou mal. À partir du moment où l’on écrit, on s’engage…

- Si vous deviez ne retenir qu'une qualité à votre roman, laquelle ? Qu'est-ce que vous voudriez qu'on en retienne en premier ?

- Vous voyez, ça, c’est le genre de question que je n’aime pas et à laquelle j’estime que je n’ai pas à répondre. Si je me pose la question, et je me la pose forcément une centaine de fois, j’aurais une centaine de réponses différentes. De toute façon, la réponse au final, n’est jamais loin d’un truc du genre : « je vous aime, aimez-moi, je veux être riche et en bonne santé, je ne veux pas mourir tout de suite. » Si on dit : "je vous hais, détestez-moi, je veux rester dans ma merde et je vais crever", ce n'est qu'une variante de la même couleur.

- Il y a parfois une lecture perturbante, c'est général sur vos textes, je pense à « Toutes les nouvelles de mon quartier intéressent le monde entier », « Pourquoi les femmes n’aiment pas les petits garçons », « de l’autre côté de la baie » et bien sûr à « La Fondation Popa », on ne sait jamais jusqu'où vous êtes sérieux ? Jusqu'à quel point ?

- Je ne le sais pas non plus. Ce n’est pas une coquetterie quand je dis ça… Même dans la vie, je suis comme ça, je crois que c’est un truc qui me vient de mon père plus particulièrement, je ris assez facilement même dans les situations où il ne faudrait pas… Je peux être dans une colère assez violente et finir par en rire parce que, durant une fraction de seconde, je me suis vu en train d’être en colère… Je me fatigue de plus en plus vite de moi. En vieillissant, je supporte de moins en moins ma faculté au changement de registre… Je sais que c’est une forme de talent mais c’est un talent encombrant dont je ne sais pas quoi faire. Je pense que l’auteur, en général, se regarde beaucoup, il a une « double-détente », il vit et se regarde vivre ou prend des notes sur ça…Je peux très vite être amoureux, dans le sens large, de quelqu’un qui me fait rire, j’aime rire. Quand j’étais enfant, mon père me faisait rire, c’était une véritable drogue. J’ai été élevé dans un premier temps par ma grand-mère maternelle, c’était un personnage tout à fait surréaliste, une sorte de super-héros improbable, elle avait la volonté de plier le monde à ses besoins à elle... Lorsqu’on était en retard pour prendre un train, elle pensait que le train allait nous attendre… Elle pouvait arrêter une voiture au hasard en ville, lorsqu’elle avait un sac de courses trop lourd, pour qu’elle la remonte chez elle… Elle n’avait peur de rien… Je me souviens que lorsque, je ne voulais pas aller à l’école, ou lorsque j’étais trop triste, elle venait me chercher… Donc j’ai grandi, je me suis construit avec le rire, la dérision, le hors-norme…Là encore, c’est à double-détente : une enfance merveilleuse et en même temps préparant mal au monde des adultes…

- Comment travaillez-vous, quel est votre quotidien ?

- Depuis un an ou deux, je suis très désorganisé, parce que mon travail est partagé sur des projets avec des personnes différentes. Je pense que l’écriture télé m’a rendu paresseux. On peut parfois y obtenir un effet en moins d’une heure, là où dans un contexte plus créatif, il faudrait « creuser » sur huit heures. Ça aussi, c’est dangereux : se mentir à soi-même, truquer sans ne plus s’en apercevoir… C’est pour ça aussi que je suis devenu plus violent dans mon travail, je veux dire qu’il y a parfois un truc physique, je casse assez facilement ces derniers mois… C’est horrible parce que je ne trouve pas la solution, mais en vieillissant je deviens violent… Jusqu’à il y a deux ou trois ans, je n’y arrivais pas, ma violence me faisait peur, elle était emmurer en moi, au point d’en avoir des migraines, quelque chose ne sortait pas. Aujourd’hui, je n’ai pour ainsi dire plus de migraines mais j’ai un peu honte de mon comportement, de mes mots, il y a un truc qui s’est cassé je suis moins sensible au regard de l’autre.

- Avez-vous des objets, des rituels ?

- Je n’ai des rapports fétichistes qu’avec la personne que j’aime… Même plus d’ailleurs : plus on aime et moins il y a de la place pour la fétichisation… J’ai des cailloux, c’était mon surnom quand j’étais enfant… J’ai plein de galets, je bois de l’eau… Je déteste écrire le soir… L’idéal, c’est le matin tôt, juste après un petit déjeuner… J’ai tellement déménagé, que j’ai perdu le rapport au lieu : je peux écrire n’importe où avec n’importe quoi… Certains claviers de PC me gênent, ils sont trop lisses… Je travaille depuis peu sur un petit HP Omnibook reconfiguré et boosté, j’aime bien son clavier un peu lourd, comme les anciens Mac… J’ai du mal avec les écrans « vitre », ils m’éloignent du texte… J’aime bien le crayon noir, les blocs de papier… Je n’aime pas les cahiers, j’y ai toujours l’impression d’étouffer… Pour écrire, j’ai besoin de penser que je n’ai rien d’autre à faire… D’avoir chaud aussi. Je n’aime pas écrire quand j’ai froid.

- Pouvez vous répondre à la question sur la raison de votre envie à écrire ?

- Je préfère parler de mon envie à ne pas y répondre.

- Qu’est-ce qui a fait qu’un jour vous vous êtes décidé à montrer vos manuscrits, à vous dire : «C’est bon, je veux être édité » ?

- Je n’ai jamais su raisonner comme ça. La vraie décision, pour moi, ça été de laisser les autres, l’entourage, entrer dans mes textes… De moi-même, même si j’en rêvais, je n’aurais jamais osé faire ça… Jai deux sentiments avec l’écriture : le premier, c’est que ça ne me demande pas d’effort, ça coule tout seul, le plus souvent, mais, le second sentiment, c’est que ce n’est pas mon monde, je fais énormément de fautes en « premier jet », je n’ai pas fait beaucoup d’études, quand je vais dans ce milieu, je me sens toujours « pièce rapportée », je suis plus à l’aise avec le milieu du cinéma, pas les gens, on retrouve les mêmes partout, mais les problématiques : le montage, le son, l’image, le rythme, les acteurs…

- Quel est le livre connu que vous n’avez pas écrit mais que vous auriez aimé écrire ?

- C’est le problème… Quand je lis un livre, je suis souvent impressionné, si je vais jusqu’au bout, il y a une sorte de respect… Je pourrais répondre : « Tous les livres des autres » dès lors que je n’y sens pas de supercherie, de posture… Je pense que le plus important en littérature c’est l’honnêteté, c’est la voix…

- Si vous n’étiez pas devenu écrivain, vous seriez devenu quoi ?

- Un con qui pose des questions.

- Vous ne vous posez jamais de questions ?

- Si tout le temps. Un écrivain sans questions c’est un joueur de foot sans ballon, c’est pas très pratique…On cherche dans l’humain, on cherche des possibles…

- Quelles sont les limites de l’écriture, la vôtre, celle des autres, par rapport à langue aussi ?

- Je ne sais pas répondre à ce genre de questions.

- Je peux l’exprimer autrement si vous préférez…

- Pardon mais je préfère ne pas aller plus loin dans ce domaine. Je ne suis pas un intellectuel, je suis juste un adulte qui créer dans son coin, je n’ai pas d’analyse crédible à apporter sur la langue, la sémantique, et le rapport au réel, ce n’est pas mon boulot. Je ne suis ni sociologue ni critique littéraire, j’écris des livres.

- Quel est l’avenir, selon vous, du roman ? Comment prenez-vous en compte internet et, plus largement, l’éruption de la donne informatique ?

- Son avenir est à hauteur de son passé. Une fois que l’on a compris que le roman, la fiction écrite, l’écriture ne vivent pas dans le même temps que notre réalité, on a tout compris. La littérature est le lien le plus naturel entre « ce qui a été » et « ce qui va être », entre les morts et les vivants. Pour moi, internet est un outil informatif, la littérature n’est pas le cœur d’Internet. Quand ça marche, c’est que ça aurait pu marcher sur un autre support. Les blogs d'écrivains tournent assez facilement au pathétique quand on sent qu'il s'agit de prsonnes qui profitent d’un espace sans contrôle pour dire n’importe quoi, la plupart du temps pour se justifier, s’autoproclamer. C’est du positionnement. Maintenant, qu’il y ait des écrivains qui se fassent connaître ou qui émergent du net, ça me semble logique, naturel, mais ça ne donnera rien d’autre, hormis des spécificités purement techniques – longueur des phrases, langage, etc. – qu’un écrivain « old school ». Je veux dire qu’un écrivain est un écrivain, qu’il vienne du blog ou de la boucherie Sanzot, ça ne change pas le problème. Le problème, ici, est toujours le même : l’écriture est le fait d’une élite blanche. Pour moi, l’enjeu est là : comment l’écriture est transformée par des gens qui viennent d’ailleurs, d'autres pratiques, d'autres racines, qu’est-ce que ça va donner dans le pot commun, est-ce que ça va le modifier, détourner le cours de notre fleuve et jusqu’à quel point… Les podcasts d’écrivains sur internet, c’est des trucs de petits blancs qui jouent à la marchande… On se trompe de bataille, d’enjeu… Ou alors il faut que cela soit poussé à l’excès comme Thierry Théolier et son Blackblog. Le blog de Virginie Despentes était très réussi aussi. Concernant des enjeux plus lourds sur l’avenir, Steiner évoque des civilisations sans écriture, ça a existé, ça peut exister… Il n’y a jamais eu de civilisation sans musique mais sans écriture, oui… Donc ont peut vivre sans écrire… Ou sans avoir à en parler… La donnée informatique, c’est autre chose : le binaire, le numérique, sil doit y avoir une zone d’influence, de contamination, elle est là. Internet me sert juste à me renseigner sur les logiciels ou les automates d’écriture, c’est le tuyau pas le contenu. On avait eu l’idée, il y a quelques temps, de faire un site similaire pour l’écriture aux « Stratégies obliques » de Brian Eno… Un site regroupant tous les logiciels, les conseils, les trucs pour écrire de la fiction, les conseils juridiques, les dons d’histoire… Par exemple, moi ça m’arrive souvent, j’ai un début d’histoire ou un pitch mais je sais que je ne pourrais pas le faire pour une raison X, pourquoi ne pas en faire le don à la communauté ? La seule règle était que tout soit anonyme, c’était beaucoup plus intéressant, honnête : pas de gestion d’égo, de ricanements, juste des outils pour bien bosser… On n’a jamais trouver d’investisseurs… La plupart des auteurs contactés faissaient la grimace quand ils comprenaient qu'il n'y aurait pas leur nom. J'ai laissé tombé, je ne sais pas qui s'en occupe aujourd'hui…. L’autre problème en vieillissant, c’est le rapport au temps, je n’ai pas le temps de tout.

- Justement, comment voyez-vous votre avenir littéraire ?

- Un crépuscule sans fin… Ou presque…

La Fondation Popa de Louis-Stéphane UlysseEditions du Panama350 pages.17 Euros.

http://lesvoixnoires.blogspot.com/



(crédit photo : Céline Nieszawer)