LA FONDATION POPA / DOSSIER DE PRESSE


L’ALSACE  

AMNESIE AVOIR ET ETRE, UNE ODYSSEE D’ULYSSE

Une star de l’art contemporain se retrouve amnésique et doit reconquérir son passé. Une fable mélancolique et virtuose signée Louis-Stéphane Ulysse. 

Metzler Popa marche sur les Grands Boulevards à Paris. « C’était une petite silhouette de vieux jeune homme, cheveux argentés, lunettes cerclées, au cœur d’une après-midi froide et ensoleillée de novembre. » Sans y prêter attention, Metzler Popa se retrouve dans une rue plus étroite. Et soudain… Le noir, le vide, le sol. Le réveil sur un brancard. L’hospitalisation. Le verdict : il ne se souvient plus de rien. Amnésique. On lui dit qu’il est « Metzler Popa ». Il acquiesce, pour faire plaisir, pour se raccrocher à quelque chose. Les visages, nombreux, chaleureux, se succèdent à son chevet et lui font comprendre qu’il est quelqu’un de très important. L’une des figures majeures de l’art contemporain. On lui montre des coupures de presse aux titres édifiants : « Jusqu’où ira le talent de Metzler Popa ? », « Metzler Popa et la peinture vivante », « L’ultime supercherie de Metzler Bobard ! ».  

Puzzle brillant  

Mais il ne ressent rien. Il lui faut réapprendre sa propre vie, réinvestir sa mémoire. Avec le soutien indéfectible de Madame Pompidou (!), il finit par revenir « chez lui », à la Fondation Popa. La Fondation avec ses visiteurs, ses artistes en résidence, ses oeuvres disséminées dans le parc. Jour après jour, Metzler tente de retourner dans son passé avec l’espoir de s’y retrouver. Coup de théâtre : « Lorsqu’il demande à voir des photos de son enfance, les proches de Metzler se rendent compte avec étonnement qu’il n’y en a pas. […] On connaît le parcours de Metzler à partir de son travail, de ses peintures, mais on ne trouve rien de ce qui l’a conduit jusque-là.. » Malaise. Metzler veut aussi reprendre pied dans la ville, s’attarder sur une nuque de femme, découvrir les musiques qui passent à la radio. Il y a tant à faire pour combler nos cinq sens, et son amalgame qui serait notre âme. Et c’est là qu’intervient l’incroyable talent de Louis-Stéphane Ulysse, l’auteur de La Fondation Popa . Car son nouveau roman, le septième, est davantage qu’une enquête passionnante sur le monde de l’art contemporain, ou sur l’amnésie et ses conséquences. C’est davantage aussi qu’un puzzle mélancolique et brillant où se côtoient personnages improbables (Charles Trenet, Buddy Holly, Yma Sumac…) et anecdotes surréalistes. La Fondation Popa, de son style modeste qui confine à la virtuosité, est surtout une redoutable plongée dans les affres de la création : sa fragilité, les mystères de sa naissance, de sa transmission. C’est enfin un hommage à ce qui rend l’homme humain et digne. Metzler Popa, petit prince (ou un faussaire ? ou un beau salaud ?) de l’art, part simplement à la recherche du temps perdu. Il échangerait alors tout l’or de ses tableaux pour un seul mot: être.  

L’extrait : « Pas d’avenir »  

« Il est arrivé un moment – et certains vous diront « Mai 68 » ou autre chose, mais pour ma part je dois vous dire que je n’en sais rien – où les hommes ont cessé de transmettre. Peut-être est-ce moi, peut-être est-ce d’autres… Regardez le cinéaste Godard, regardez le raisonneur Debord, ils n’ont pas fait d’enfant, et moi non plus, je crois… Et pourtant c’est bizarre, il n’y a plus que des « fils de » ; des « fils de » et pas le moindre héritage. […] Ils ricanent sur le passé, ils ne veulent pas d’avenir, alors ils bégayent dans le présent en ne rêvant que d’une chose : se faire cloner ! »  

« La Fondation Popa », Louis-Stéphane Ulysse, éditions Panama, 316 p., 17 euros.  

Jacques Lindecker.   


LE FIGARO  

La Fondation Popa L.-S. Ulysse Editions du Panama, 316 p., 17 Euros  

Et si Metzler Popasic (dit Popa), plasticien né en mars 1933 à Zagreb, avait réellement existé ? Et si cet artiste génial, dont l'oeuvre évoque tour à tour les figures de Dali, Warhol ou Picasso, avait mystérieusement perdu la mémoire ? Un génie du XXème siècle amnésique, perdu en 2007, voila le point de départ du septième roman de Louis-Stéphane Ulysse. Par petites touches impressionistes, chapitre après chapitre, La Fondation Popa distille son intrigue, ses anecdotes et ses coups de folie. Du "canapé orange" à l'omniprésente silhouette de madame Pompidou, en passant par l'hilarante invasion des "petits Chiliens réfugiés", ce roman singulier, à l'ironie mélancolique, se veut une évocation surréaliste, un rien cruel du monde de l'art doublé d'une réflexion sur la création. "On peut faire n'importe quoi, sauf n'importe quoi" disait Luis Bunuel. C'est exactement ce qu'a fait l'auteur !  

Alexandre Delcroix   



LE MONDE DES LIVRES 

ACTUALITE : LE PRIX DU STYLE 2007 POUR LES EDITIONS DU PANAMA ! 

Le suspense restait entier. Certes, les enjeux n'ont rien de commun avec les Goncourt, Femina, Renaudot, Interallié et les autres, mais un Prix littéraire reste un Prix littéraire, d'autant que les noms des jurés ont de quoi impressionner. Mercredi 28 novembre, juste avant la remise du Prix du Style 2007 à 20h, les membres du jury ont départagé les 7 livres encore en compétition : 
Icare et I don't (Alain Borer, Seuil) 
L'autre rive (Georges-Olivier Chateaureynaud, Grasset) 
Le vampire de Ropraz (Jacques Chessex, Grasset) 
Tom est mort (Marie Darrieussecq, POL) 
Rideau de verre (Claire Fercak, Verticales) 
Avant, pendant, après (Jean-Marc Parisis, Stock) 
La fondation Popa (Louis-Stéphane Ulysse, Panama). 

Ils ont attribué le Prix du Style 2007 à Louis-Stéphane Ulysse pour La fondation Popa, paru aux éditions du Panama. 

Louis-Stéphane Ulysse a été désigné lauréat au premier tour de scrutin par 6 voix contre 2 (1 voix pour L’autre rive et 1 voix pour Le vampire de Ropraz). Les membres du jury ont salué « la beauté fluide de la langue de Louis-Stéphane Ulysse, une langue mise au service d’un univers original, déroutant, drôle, tendre et poétiquement existentiel ». 

Rappelons que le Prix du Style, organisé par le label littéraire Plume et Plomb en partenariat avec Le Lup, récompense un ouvrage d'expression française pour sa qualité stylistique, écrit par un auteur vivant et publié dans l'année écoulée. Le Prix du Style est doté d'une plume, d'un plomb et de cocktails à vie au Lup. 

Les membres du jury : David Abiker (Ecrivain, Journaliste) Olivier Delcroix (Journaliste) Philippe Delerm (Ecrivain) Guillaume Durand (Journaliste) Frédéric Ferney (Ecrivain, Journaliste) Irène Frain (Ecrivain, Journaliste) Macha Méril (Comédienne, Ecrivain) Dominique Noguez (Ecrivain) Patrick Poivre d'Arvor (Ecrivain, Journaliste) Denis Tillinac (Ecrivain, Président Directeur Général de la Table ronde) Ariel Wizman (Journaliste, DJ, Acteur) Antoine Buéno (Ecrivain, Chroniqueur, Fondateur du Prix du Style) Pour rappel, Antoine Buéno a participé à notre second débat (Les prix littéraires en questions).  

Marc Varence 



LA QUINZAINE LITTERAIRE

Louis-Stéphane Ulysse, Prix du style 2007  Après Stéphane Audeguy et Emmanuel Venet, le prix du style 2007 a été décerné, mercredi 28 novembre, à Louis-Stéphane Ulysse pour son septième roman, La Fondation Popa (Panama). Les membres du jury ont salué « la beauté fluide de la langue de Louis-Stéphane Ulysse, une langue mise au service d’un univers original, déroutant, drôle, tendre et poétiquement existentiel » . La cérémonie de remise s’est déroulée le soir même au restaurant- club Le Lup ( 2, rue du Sabot, Paris VIe).Rappelons que le prix du style, créé par l’écrivain Antoine Bueno et organisé par le label littéraire Plume et Plomb, récompense pour sa qualité stylistique un roman français, écrit par un auteur vivant et publié dans l’année écoulée. 

Alexandre Lacroix  



A PORTEE DE MOTS / FRANCE MUSIQUE  

Invité et programmation musicale (60 mnts) 

« Est sorti il y a quelques semaines un O.L.N.I., un Objet Littéraire Non Identifié, un roman qui s'appelle La Fondation Popa... C'est une rencontre tout a fait étrange avec un personnage amnésique. Cette fondation c'est Cloche-merle. On y croise des personnages incroyables… »  

François Castaing  



DU JOUR AU LENDEMAIN / FRANCE CULTURE  

Invité (60 mnts). 

« … L’auteur laisse entendre qu’écrire c’est témoigner, alors que raconter c’est résister, ça donne à voir plus fort que la vie, plus grand peut-être… Popa c’est quelqu’un qui semble avoir véritablement existé… Un artiste qu’on devrait connaître car c’est le plus grand artiste de son siècle. Mais, en même temps, c’est un faussaire, comme le sont peut-être souvent les artistes. Lui, c’est le plus grand, le plus grand faussaire. C’est un faussaire sans foi ni loi peutêtre parce qu’il a un problème de mémoire… »  

Alain Veinstein  



LE MAGAZINE DES LIVRES  

L’EXTRAORDINAIRE MONSIEUR POPA.  

« La Fondation Popa » Louis-Stéphane Ulysse - Editions Panama  

La surprise vient parfois d’où on ne l’attend pas. Louis Stéphane Ulysse, est un auteur à géométrie variable, puisqu’entre deux romans, il écrit pour le cinéma ou crée des contes pour enfants à la radio. L’homme aime désorienter son monde. Avec son dernier roman « La Fondation Popa » c’est à nouveau chose faite, puisqu’il s’invente un style nouveau, une écriture fraiche, renouvelée, et très différente de ce qu’il avait écrit à ses débuts comme « Soleil sale » ou « La mission des flammes », des romans sombres à l’écriture rugueuse et violente. C’est avec un style élégant, que L-S. Ulysse joue en épaisseur et en profondeur dans son récit, et nous donne toute la mesure de son talent. Ce septième ouvrage emprunt d’une grande poésie, s’attache avec talent à décrire la psychologie de ses personnages, parfois très surréalistes, puisqu’on y croise, pèle mêle au détour des pages, madame Pompidou, Karl Lagerfeld, Buddy Holly, ou encore Charles Trenet. Au milieu de ce petit monde extraordinaire, Metzler Popa, le héros du roman, est un homme qui a perdu la mémoire et ne sait plus qui il est, ni même à quoi il sert. 

« Lorsque j’étais petit garçon, ma mère disait souvent qu’un homme devenait heureux à partir du moment où il perdait conscience de ce qu’il était. En ce sens, Metzler Popa peut aujourd’hui se considérer comme un homme parfaitement heureux puisqu’il ne se souvient strictement plus de rien ».

Entre poésie et surréalisme, la « Fondation Popa » entraîne le lecteur dans un univers surprenant et émouvant, et le pousse à s’interroger sur la place et l’importance de l’art dans la vie, et sur la nature parfois absurde de la notion de création.  

Stéphane Berthomet.  


INTERVIEW

Qui êtes-vous ?  

La notion d’identité, quand on écrit, est très floue. « Je suis dans ce que j’écris » mais « Je ne suis pas ce que j’écris ». C’est Alexandre Jodorovsky qui raconte que, quand il écrit, il ne reconnaît pas ses mots, alors il finit par les questionner : « Qui est-ce qui écrit ? C’est moi ? » et les mots lui répondent : « Non, c’est une voix. » J’aime bien cette définition.  

Vous exercez de nombreuses activités, pouvez-vous nous éclairer à ce sujet ?  

J’écris en fonction des supports. J’aime bien travailler aussi avec les autres pour partager, pour échanger ; cela peut aller de collaborations pour le cinéma, comme avec Thierry Jousse ou Jérôme Boivin, le réalisateur de « Baxter », à aider le footballeur Jacques Glassman à raconter son histoire, ou écrire des sketchs pour un comique ou, encore, et avoir envie de faire un livre musical avec Jerry Dammers, le fondateur des « Spécials » et du label « 2-Tone ». En France, on ne comprend pas toujours bien qu’on puisse fonctionner comme ça, le retour sur mon travail n’est pas toujours évident, j’avance « sans filet ». Pourtant, c’est un principe admis en musique. Un guitariste comme Chris Speeding fait des albums assez confidentiels, accompagne Bryan Ferry tout en produisant les premières maquettes des Cramps… Ce type de fonctionnement permet de ne pas être sur soi mais sur son travail.  3/ 

Vous avez été clairement identifié comme étant un auteur multirécidiviste, pouvez-vous nous parler de ce que vous avez commis à ce jour ?  

Pour moi, un livre que j’ai écrit, c’est comme une étoile : je sais qu’elle existe mais elle ne vibre plus pour moi. Elle se ballade quelque part et si des gens peuvent la voir, la capter, c’est bien. La magie de l’écriture, c’est son rapport au temps : comment des livres écrits bien avant vous finissent par vous toucher aujourd’hui, là où vous êtes… Je n’ai pas de livres de moi là où je vis ; quand je veux en donner un, je le commande sur internet.  

Vos relations avec le « milieu » littéraire ne semblent pas avoir été toujours simples, pourquoi avoir changé aussi souvent d’éditeur ?  

Je m’adapte à mes projets. À chaque fois, il y a une remise en cause même si ce n’est pas très confortable ; je fais avec la place qu’on me donne. Après, il y a les rencontres, le fait de travailler dans la même direction, dans le même temps. « La Fondation Popa »,n’aurait pas la même valeur sans le travail de Jaques Binsztok et de l’équipe de Panama.  

Vous avez fait partie de la nouvelle génération d’auteurs, comme Virginie Despentes, qui ont connus leurs premiers succès dans les années 1990, parlez nous aujourd’hui de vos anciens complices…  

C’était plutôt à la fin des années 90… Je vois ça plus comme une nouvelle génération d’éditeurs que d’auteurs. Marion Mazauric a ouvert le marché du poche chez J’ai lu à des auteurs qui n’y auraient pas accédé aussi facilement sans cela. Elle validait le travail en amont d’un éditeur comme Florent Massot d’où nous venions avec Virginie. Dans la première vague, il y avait également Vincent Ravalec, Claire Frédéric, Michel Houellebecq et Eric Holder. La brèche créer par Marion Mazauric a permis d’éclairer de petites structures comme Le Dilettante ou les éditions Michalon…  

« La Fondation Popa » ?  

C’est un texte sur la création, la filiation, la transmission, « Qu’est-ce que l’on donne », « Qu’est-ce qu’on laisse », avec des personnages qui font comme ils peuvent avec ça. « Que fait-on de l’art dans nos vies ? », « Est-ce que cela peut encore aider quelqu’un ? », Ce livre ne raconte pas l’histoire d’une personne mais de plusieurs vies qui se cherchent un même ciel.  

Stéphane Berthomet.  




FLUCTUA.NET  

La Fondation Popa, septième roman de Louis-Stéphane Ulysse s'annonce comme une belle surprise. Evocation surréaliste, parfois ironique et un peu cruelle du monde de l'art et de l'art dans le monde, mais aussi roman autour de la création, la mémoire et la transmission, La Fondation Popa ne manque ni d'élégance, ni de qualités. Si son style extrêmement pur évoque étonnement les grands de la ligne claire (Hergé, Edgar P. Jacob, Yves Chaland et Ted Benoît), le roman emprunte aussi au charme suranné des Perec, Raymond Roussel ou Kafka, tout en débordant parfois vers les excentricités contemporaines d'un Will Self. Au fil des pages on croise Buddy Holly, Yma Sumac ou Madame Pompidou, sur fond de Devo et de Jonathan Richman… Décidemment, David Calvo, Fabrice Colin, Stéphane Beauverger… Ulysse. Nos auteurs francophones relèvent la tête on dirait.  


INTERVIEW  

Avec La Fondation Popa, roman plutôt ligne claire, Louis-Stéphane Ulysse édifie une enclave de folie douce au coeur de la réalité. Un jardin des merveilles et des absurdités, que le lecteur explore au rythme de ses personnages décalés, Claude Pompidou, Charles Trenet, Buddy Holly ou Yma Sumac. Lire la chronique de La fondation Popa sur le blog livres.  

La lecture de La Fondation Popa m'évoque cette phrase : "Qui est-on quand on est plus personne ?" Qu'en pensez-vous ?  

Je pense que c'est bien d'avoir ce genre de question en refermant le livre... Je manque un peu de recul pour avoir une autre analyse. Pour moi, « Plus personne » reste encore une identité, une identité qui est « dans » les autres. « Je suis la balle, je suis l'arme, je suis la table, je suis la chaise... ». Il y a des groupes comme Day one, Nas, ou DJ Krush au japon, qui ont des textes comme ça, où le changement de point de vue intervient à chaque couplet.  

Au début de votre roman, Metzler Popa, artiste et galeriste perd la mémoire. Mais est-ce si important finalement pour un artiste de savoir qui l'on est ? N'est-ce pas un atout de pouvoir se réinventer constamment et de pouvoir s'oublier ?  

Si sans doute mais c'est ce qu'il y a de moins évident... Disons qu'il faut un regard, que l'enjeu est : d'où on regarde, d'où on parle ? Après le regard peut changer d'un travail à l'autre. La grande force d'un Picasso est d'avoir été assez fort et courageux pour dire, une fois tout en haut de sa montagne, « Stop, je redescends et je vais plus loin, essayer de remonter sur une autre montagne ». En ce sens, il n'a pas placé son acquis au niveau d'un fond de commerce, il est parti cherché ailleurs. Peut-être qu'une partie de la raison du suicide de Nicolas de Staël est liée à ce constat-là aussi : « Je n'arrive pas à aller ailleurs ». C'est pour ça que j'aime « les petits maîtres », la « série B » comme Richard Fleischer, Don Siegel, ou dans le cinéma asiatique, parce qu'il y a ce côté « Je fais avec ce que j'ai. » Fleischer va tourner un truc très noir, « L'étrangleur de Boston » et, peu après, « 20.000 lieus sous les mers » pour Walt Disney... Bien sûr, le cinéma en tant qu' « art industriel » permet plus facilement ce postulat. Pour pouvoir « s'oublier », il ne faut pas avoir peur de repasser par la case « plus personne », c'est parfois violent, angoissant... C'est tellement plus facile de tourner en rond dans ses vieux trucs, de ne parler qu'aux mêmes personnes, c'est tellement plus rassurant.  

Et pour l'écrivain ?
  
Pour ma part, je ne vois pas de différence entre le fait d'écrire et d'autres disciplines artistiques. On réagit sur des supports différents, avec des contraintes spécifiques, c'est tout. Quand je commence à écrire, je ne me vois pas comme quelqu'un qui écrit ; il n'y a rien de pire que ça, « se regarder écrire ». Je me dis que je dois faire un disque, un film, une peinture... Dès fois, ça marche et dès fois, non... On recommence... Je me sens plus proche de peintres, de cinéastes, de musiciens... C'est pour ça aussi que j'aime bien aller chercher ailleurs, travailler avec d'autres gens, échanger, partager... Même si le cinéma demande une écriture « inversée » par rapport au roman, ça me nourrit. J'adore écrire pour des comédiens ou écrire pour le music-hall, l'«entertainment »... À partir du moment où il y a un vrai échange, un truc égalitaire, on reste dans la même problématique, celle de créer des univers. Le danger c'est quand on vous dit : « Allez, faites-nous un truc comme vous savez si bien faire... Faîtes-moi deux cent pages et je ferai le tri. » C'est dangereux parce que c'est stérilisant ; c'est là où on risque de s'abîmer. On devient un ours de cirque sur son vélo. Ça rend triste parce qu'on devient une mécanique qui tourne à vide. C'est un ce qui est arrivé à Fitzgerald ou Faulkner quand ils ont travaillé pour le cinéma.  

Comme vous l'évoquez dans votre introduction où il est question de Charles Trenet, n'est-ce pas plutôt le regard des autres, celui du public et de la critique, voir des biographes qui définit l'artiste ?  

En tout cas c'est l'enjeu depuis Duchamp, « voilà, je prends cet objet que vous connaissez tous, je le pose là et votre seul regard déterminera s'il s'agit ou non d'une oeuvre d'art. » Je pense que depuis Warhol, on est coincé, on n'arrive pas à sortir d'un cadre. Peut-être qu'une autre génération, née avec le net, pour laquelle l'usage du net aura été acquis depuis les premiers mots, pourra apporter autre chose... Avec la « Fondation », j'essaye d'anticiper le regard de l'autre, de lui donner de la place mais pas toute la place... Je créé un objet, le regard que vous y portez me renvoie cet objet modifié que je vais retravailler pour vous le renvoyer à mon tour... Et au bout du compte, le résultat ne sera n'y tout à fait le mien ni tout à fait le vôtre mais c'est quelque chose que nous aurons fait et partagé ensemble... J'aime quand les autres ont vu dans mon travail des trucs que je n'avais pas capté, c'est ce rapport « médiumnique » au travail que je recherche.  

Vous disséquez aussi le milieu de l'art (moderne et contemporain), son langage, ses codes, ses rites. Est-ce un milieu que vous connaissez ?
  
Ca m'est arrivé de vivre ou de travailler avec des gens qui évoluaient ou évoluent dans ce milieu-là. A part ce qu'ils donnent à voir de l'humain, les « milieux » ne m'intéressent pas trop, je préfère les personnes. Les milieux de la création sont sensiblement tous les mêmes... « Création » ou pas d'ailleurs... Bien sûr, les formes peuvent varier mais on retrouve finalement toujours la même proportion de « ceci » ou de « cela »... Mais, si je devais choisir, je préfèrerais le milieu de la musique à cause d'un rapport plus pragmatique, un échange plus sain : « tu utilises quelles cordes ? Tu l'attaques plus haut ou plus bas ? » ; c'est difficile d'avoir ce type de rapport dans l'écriture à cause de l'égo, des références seulement littéraires.  

Pourquoi avoir choisi ce milieu justement, comme base de votre roman ? Est-ce l'aspect "enclave surréaliste dans la réalité" qui vous a plu ?  

J'ai l'impression d'avoir plus choisi l'image qu'on s'en faisait que le milieu en lui-même. La notion « d'enclave » est bien vue parce que l'idée était précisément de travailler sur un monde clos, un univers fermé, un château de Moulinsart où tout le monde vit avec plein de bulles autours de la tête.  

Madame Pompidou, Yma Sumac, Karl Lagerfeld, Buddy Holly, Trenet, la Fondation Popa regorge de personnalités réelles (ou d'évocations) plus ou moins excentriques. Que représentent-elles pour vous ?  
Le courage de vivre, le courage d'assumer ce qu'on est malgré ses manques, ses différences, ses « particularités ». Longtemps, j'ai vu Klaus Kinski comme un bon acteur mais complètement « impossible ». Il y a cet extrait de reportage où il déboule dans une conférence de presse, élude toutes les questions parce que ça le gave d'avance. Soudain, il s'arrête sur deux personnes au premier rang qui papotent en rigolant et il commence à partir en vrille... Et puis, un jour, j'ai vu ce documentaire réalisé par Werner Herzog, « Ennemis intimes ».Quand on voit Kinski entrer dans le champ d'une caméra, on voit bien qu'il se passe quelque chose, il n'est pas comme les autres... Je ne dis pas que de se comporter comme un fou furieux donne du talent mais je pense que Kinski ne pouvait fonctionner que comme ça pour être honnête avec lui-même comme avec son travail de création. Madame Pompidou est la Castafiore de « La Fondation Popa ». Dans un premier temps, on peut la voir comme un personnage un peu excentrique, un peu artificiel, mais progressivement elle devient le personnage le plus humain, le plus fort, le plus courageux du texte. Yma Sumac était déjà présente dans le roman précédent... Là encore, c'est une histoire de quelqu'un qui va au bout, peu importe qu'on rigole ou pas d'elle, elle s'en fout, elle est dans son truc. J'aime les gens comme ça. Buddy Holly est mort, je crois, à 25 ans, avec deux cent morceaux, dont une vingtaine ou une trentaine sont à la croisée de plusieurs genres... Les Beatles, les Rolling Stones, Alan Vega ont écouté Buddy Holly... Sa musique peut figurer un univers clos, comme ceux d'Hergé, Hitchcock ou Hopper, dans leurs domaines respectifs.  

Il y a du Kafka, du Buzzati, du Vian et surtout du Raymond Roussel dans votre roman. Quels sont vos écrivains favoris ?  

Je relis Buzzati en ce moment pour un projet. Je suis méditerranéen comme lui, je comprends d'où il parle même si je n'aime pas trop parler comme ça... Roussel m'est venu par Duchamp... C'est une influence déterminante : Roussel ouvre sur Duchamp qui ouvre sur Warhol... Pour une part en tout cas. Avec Vian et Kafka, ce sont des « fondamentaux », il n'y a pas besoin de les aimer pour sentir leur influence. Par exemple, Virginia Woolf m'a appris plein de trucs sur le montage, le rythme, pareil pour Dos Passos, après je ne suis pas forcément en empathie avec eux. Mes écrivains favoris sont ceux qui me donnent envie d'écrire... Jean Rhys, Tchékov, Selby, Roberto Bolano, Fitzgerald, Truman Capote... Je ne sais pas, il y en a tellement d'autres que j'aime aussi... Chase, Spillane, Ellroy, Marcel Pagnol, Sacha Guitry, Urnica Zurn...  

Seriez vous d'accord si je disais qu'à l'instar des bandes-dessinées d'Hergé, d'Edgar P. Jacob, de Ted Benoit ou d'Yves Chaland, La Fondation Popa est un roman "ligne claire" ?  

Oui, tout à fait. Je pense aussi au dessinateur hollandais Swart. Je travaille depuis « Toutes les nouvelles de mon quartier intéressent le monde entier » avec cette notion de « ligne claire ». Curieusement, j'ai l'impression que cette influence, dans « La Fondation Popa » est plus dans les intentions que dans l'écriture elle-même, dans le sens de « tissu ». Si vous préférez, cela se rapporterait plus à la psychologie des personnages. J'ai essayé de l'exprimer sur la forme avec plus d'insistance dans « Toutes les nouvelles » et « De l'autre côté de la baie ». « La Fondation Popa » à un côté plus latin... Roberto Bolano, Luis Bunuel... Pour les dialogues, je voulais un truc un peu « phrasé », dans l'esprit des tirades de Guitry.  

Dans la Fondation Popa vous vous penchez sur les figures de la pop culture. Certains chapitres s'inspirent de chansons de Trenet, mais aussi de Devo ou de Jonathan Richman. Que signifient t'elles pour vous ?  

Je vis avec, certaines représentent des modèles... Il y avait l'envie était de faire passer les musiques que j'écoutais au moment où j'écrivais sans tenir compte de leur « temporalité » ou de leurs familles respectives. Le lien entre Trenet et Richman est naturel puisque ce dernier est venu chanter du Trenet aux Victoires de la musique, il y a quelques années. Pour Devo, c'est lié au personnage de Jocko ; disons que Jocko a cette musique qui le suit partout comme le sparadrap du capitaine Haddock. À sa façon, Devo est un groupe très « ligne claire ». Il y a un film, « La vie aquatique » qui a compté pour moi... Comment dire, il m'a « rassuré » - comme l'écoute de Jonathan Richman - au moment où je terminais ce texte... En voyant le générique de fin de ce film, je me suis aperçu que c'était le chanteur de Devo qui en avait fait la musique. Pour la bande son de « La Fondation Popa » Il y a aussi Leadbelly, Johnny Cash, Gene Vincent, Bryan Ferry, Thierry Lafayette, les Sparks...  

Certains moments sont emprunt de fantastique, d'autres plus proches de la sciencefiction, et puis il y a de la poésie... Comment avez-vous élaboré la structure du livre ?
  
A la base, il y avait une structure verticale : une histoire pas à pas et j'aurais pu m'en contenter pour en faire un livre, je veux dire dans le sens où tout était cohérent et que l'histoire avait ses trois actes. Ça aurait donné un autre « objet », l'histoire de ce peintre, Metzler, qui court après son canapé, et l'écriture qui ne reste que sur lui... Et puis non, ça ne collait pas, il y avait un côté « Et maintenant, regardez comme j'écris bien », c'était une démonstration mais pas la voix que je voulais. Il fallait donner quelque chose de l'ordre de l'amour, quelque chose qui fait qu'on referme le livre et qu'on se sente plus « aimant »...J'ai tout réécrit en cherchant la largeur, comme au foot quand on dit qu'il faut « jouer dans la largeur du terrain ». J'ai pensé en terme de peinture, à ces tableaux des années cinquante - Jacques Villeglé par exemple, Maurice Lemaître, ou quelques uns des les premiers Warhol - plein de collages, d'ingrédients et de strates qui finissent quand même par donner un tissu. J'ai perdu le texte deux fois et j'ai dû tout recommencer à chaque fois. J'ai l'impression qu'à la fin, C'est le texte qui m'a tiré vers le haut plus que l'inverse. Je ne vois pas ce livre comme une histoire mais comme des histoires différentes qui essayent de monter vers un même ciel.  

Propos recueillis par Maxence Grugier  



LE LITTERAIRE. COM  

Dans son septième roman édité aux éditions du Panama (on ne peut rêver mieux), Louis-Stéphane Ulysse nous propose une odyssée complètement surréaliste, décalée, burlesque dans le milieu de l’art contemporain.  Le livre lui-même est un vrai appel au voyage avec sa couverture Pop Art en charges orange sur champ blanc. Normal me direz-vous, c’est du Panama ! Un peu d’histoire éditoriale au passage.... 

En 2005 les éditions du Panama (en hommage au poème de Blaise Cendrars : Le Panama ou mes 7 oncles d’Amérique) sont annoncées comme le lancement de l’année. L’initiateur de ce pari est Jacques Binsztok, une des figures historique du Seuil, qui vient de démissionner après le rachat de ces mêmes éditions par le groupe La Martinière. Damien Serieyx et trois autres anciens de la maison le suivent aussitôt dans l’aventure. Leur gageure : privilégier la politique d’auteurs avec une production restreinte mais diversifiée. En professionnels de l’édition et spécialistes de l’image, ils n’ignorent rien de l’importance de la ligne graphique et plus particulièrement l’attraction qu’exerce la couverture sur le chaland. Le résultat ? Des livres-objets qui interpellent le regard et en imposent sur l’étal du libraire.  

Revenons sur le fond. Il est des plus brillants. Les trois cents et quelques pages se lisent d’une traite tant le style de L.-S.Ulysse est affûté et sa prose "ligne claire" dépourvue de fioritures. Le propos par contre est beaucoup plus flamboyant et ce pour notre plus grand plaisir. Imaginez-vous dans la fondation de Metzler Popa, le plus grand artiste du XXe siècle, le double fantasmé du mythique Andy Warhol, en compagnie de Madame Pompidou, de peintres transsexuels, d’artistes chiliens affamés dont le but ultime est de faire de leur vie une oeuvre d’art... 

Et Madame Pompidou eut cette idée-là aussi. Les résidents qui n’étaient pas chiliens attendaient sous le saule, en rangs compacts, la mine grave, pour la plupart, et il y eut des applaudissements fournis lorsque Simon tira sur la bâche, laissant apparaître une statue de bronze dédiée au Petit Chilien inconnu. Le Chilien avançait vaillamment, tête au vent, malgré les plis de son poncho de bronze pesant plusieurs kilos, le visage à la fois ingrat et gouailleur, bras tendu face à son avenir incertain, une grosse cuisse de poulet à la main tendue vers le ciel. 

Ajoutez du rock, un rythme d’écriture offensif, de l’humour à chaque page. Nous nous promenons dans les jardins de la MRAD, la maison de repos pour les artistes dérangés : 

- Et celui-là ? demande l’avocat, que veut-il exactement avec son bidet qu’il tient à pleines mains ? - Oh lui c’est bien simple, il estime que Marcel Duchamp lui a déjà volé son urinoir pour en faire une oeuvre d’art. Il a peur que Duchamp ne revienne lui dérober d’autres objets dans sa salle de bains. - Mais Duchamp est mort ? - A priori, oui. 

Un univers décalé où l’on rencontre Buddy Holly le pionnier du rock’n roll, Yma Sumac la chanteuse péruvienne, Charles Trenet et bien d’autres. Ça fleure Vian à plein nez, la pataphysique de Jarry à Queneau, c’est un jardin des merveilles, une enclave de folie douce. Où se lit le vrai, où se terre le faux ? Car La Fondation Popa est aussi un livre sur la création, sur le regard que l’on porte sur celle-ci. Comment se réinventer, comment s’oublier pour de nouveau progresser ? Que devient l’artiste qui perd la mémoire ? d’où regarde-t-il, d’où parle-t-il ? Bref ; si vous aimez les énergumènes, les excentriques, si les gens qui "sont dans leur truc" vous intriguent, si les situations absurdes vous mettent à l’aise, si les réflexions sur la création vous intéressent, La Fondation sympa est un livre Popa comme tout qu’il vous faut découvrir.  

Cédric Béal  


BELGIKART

Liste non exhaustive de ce qui me transporte pour tenir mieux debout et me sentir en vie, un peu plus…Christophe Honoré, Eric Jourdan, Edmund White, Philippe Besson, Michael Cunningham, Rodrigo Garcia, Virginie Despentes, Arnaud Cathrine, Virginia Woolf, Louis-Stéphane Ulysse, Augusten Burroughs, E.-M. Cioran, Sarah Kane, Guillaume Le Touze.  

Pierre Deprynck


LA DEPECHE DU MIDI  

Ulysse réinvente Andy Warhol  Dans un Paris fantasmé, un homme perd conscience en plein milieu de la rue. Lorsqu’il se réveille, il a tout oublié de sa vie passée. Il s’agit en fait de Meltzer Popa. Réincarnation romancée d’Andy Warhol, il estégalement l’un des artistes les plus connus au monde. Ses collaborateurs le ramènent à sa fondation, place forte de la création artistique parisienne. Popa va alors partir à larecherche de son passé, sans forcément découvrir ce qu’ilaurait souhaité…« Je voulais travailler dans une sorte de huis clos, avec peu de personnages »,explique l’auteur de ce récit, La Fondation Popa,Louis-Stéphane Ulysse.  Ici loin de ses sources d’inspiration habituelles : « J’aimais bien quand Hergé emmenait ses personnages au château de Moulinsart ». Révélé en 1989 par Florent Massot aux côtés de Virginie Despentes, son livre est aussi une forme de renouveau, après la parution de De l’autre coté de la baie. « Il y a trois ans, j’ai senti que j’étais arrivé au bout de quelque chose, confie Ulysse. Plutôt qu’exploiter une émotion qui ne me correspondait plus, j’ai préféré suivre mon instinct. »  Pour cela, l’auteur décide de débuter son récit par une amnésie. Mais il s’assure les services d’un mythe, Andy Warhol, pour lui fournir les bases de son personnage principal. « Pour moi, Warhol est allé au bout d’un système. Vingt ans après sa mort, on se rend encore compte de son influence. » Mais c’est le côté plus intime du fondateur du Pop-Art qui interpelle le plus l’écrivain. « Malgré son côté jet-set, c’est un homme qui travaillait énormément. En fait, c’est plutôt un bon exemple pour les jeunes d’aujourd’hui ! »  

Ed. du Panama, 320 pages, 17 €   

Christophe GREUET 


METROTIME  

Auteur délirant, Louis-Stéphane Ulysse met en scène dans son septième roman, «La Fondation Popa», un univers décalé, galerie de personnages surréalistes. A commencer par Metzler Popa, qui ne sait plus lui-même très bien qui il est. S’agit-il du plus grand artiste de son siècle, d’un faussaire sans foi ni loi ou, plus simplement, d’un amnésique perdu dans son passé? Mais à côté de personnages inconnus et marginaux, on y croise aussi au fil des pages des célébrités comme Charles Trénet, Buddy Holly, Yma Sumac ou encore madame Pompidou. Ce roman hors du commun recense encore quelques des oeuvres d’art facétieuses comme «Les Plus belles fleurs de la fondation» et «10 poissons 10», un peintre transsexuel uruguayen ou encore des petits artistes chiliens particulièrement gastronomes. Mais le livre se veut aussi un texte sur la création, la mémoire, et la transmission. Tout comme pour n’importe quelle oeuvre d’art, on adorera ou détestera...  

CD   


FEMMES D’AUJOURDHUI  

« Lorsque j’étais petit garçon, ma mère disait souvent qu’un homme devenait heureux à partir du moment où il perdait conscience de ce qu’il était. En ce sens, Metzler Popa peut donc aujourd’hui se considérer comme un homme heureux puisqu’il ne se souvient strictement plus de rien… »   

Qui est vraiment Metzler Popa ? Le plus grand artiste de son siècle, un faussaire sans foi ni loi ou, plus simplement, un amnésique perdu dans son passé ? Fanfare mélancolique de personnages surréalistes aux blessures secrètes, La Fondation Popa, est un univers décalé où l’on croise Buddy Holly, Yma Sumac, Madame Pompidou, Charles Trenet, des oeuvres d’art facétieuses (Les Plus belles fleurs de la fondation, 10 poissons 10), un peintre transsexuel uruguayen, des petits artistes chiliens particulièrement gastronomes, avant de retrouver un monde finalement pas si éloigné du notre. Une écriture fraîche, aérienne, et un univers poétique délicieux.  

La Fondation Popa, ed. du Panama, 17 Euros.  

Sophie Godin.   


L’OPERA DES DIEUX / RADIO CAMPUS

SELECTION PRINTEMPS 2007  

1. Rip it up & Start Again de Simon REYNOLDS (Allia) 
2. Le Tunnel de William H. GASS (Le Cherche Midi) 
3. Boys in the Band de David BRUN-LAMBERT (Denoël) 
4. La Fondation Popa de L.-S. ULYSSE (Panama) 
5. Microfictions de Régis JAUFFRET (Gallimard) 
6. Dans les Rapides de Maylis de KERANGAL (Naïve) 
7. Bilan Provisoire de Cyrille PUTMAN (Calmann-Lévy) 
8. Island Song d'Alex WHEATLE (Au Diable Vauvert) 
9. Devenir Mort de Christophe PAVIOT (Hachette) 
10. PUNK de Bruno BLUM (Hors-Collection) 
11. American Black Box de Maurice G. DANTEC (Albin Michel) 
12. Inversion de Brian EVENSON (Le Cherche Midi) 


STRICTEMENT CONFIDENTIEL  

" La Fondation Popa " de L.-S. Ulysse  

La couverture est plaisante, c'est un bon point. Tous ces petits ronds orange sur quoi les lettres qui dansent devant les yeux viennent se poser changent de l'ordinaire. La trame du bleu du titre n'est peut-être pas assez soutenue à mon goût, mais c'est un détail. Globalement, l'objet donne envie, et, ce qui ne gâche rien, il est très agréable au toucher, du soyeux qu'on va retrouver dans les phrases à l'intérieur. Discutez avec des pros du livre (je ne parle pas des écrivains, cette quantité négligeable) et tous s'accorderont pour dire l'importance d'une bonne couverture, d'après eux, près de la moitié des achats en dépendraient. Pourtant lorsque je regarde les livres chez mon libraire, la qualité graphique d'ensemble laisse à désirer. Et j'objecterai que ce n'est pas sur la couverture des "Bienveillantes "que les lecteurs ont pu s'extasier; la Blanche de Gallimard, dans le genre mou du cul classieux, bourgeois d'avant la 2ème Guerre Mondiale, elle se pose un peu là. Je pourrais faire tout un topo grisant sur le graphisme des couvertures, mais là n'est pas mon propos, aujourd'hui ce qui m'occupe c'est le septième livre de L.-S. Ulysse, déjà. Je pourrais aussi vous en raconter des vertes et des pas mûres sur cet homme, mais qu'il se rassure, je resterai muet. L.-S. Ulysse est un ami. Vous voilà prévenus. L.-S. Ulysse est son vrai nom, ce n'est pas un pseudo, avec un pareil patronyme, il n'en a pas besoin. Reste à savoir si avec un nom pareil, il a écrit un vrai livre.D'emblée, la dédicace à Jonathan Richman me touche. C'est une des nos passions communes (avec Bruce Joyner). Dans le prologue apparait Charles Trenet, ainsi qu'une de ses chansons enregistrées lors d'un passage à Buenos Aires. Le chanteur cite le fameux peintre Metzler Popa. Autour de Popa, tout le roman oscillera entre réalité et fiction, sur un mince fil souvent délirant. Sur 92 chapitres, composés de courts paragraphes, Ulysse va brouiller les pistes, dissoudre les certitudes, réinventer la vie. Il construit un monde parallèle, où on s'amuserait, avec le sérieux des enfants, à dire: " il paraitrait que Buddy Holly n'est pas mort, il paraitrait que la meilleure équipe de foot au monde c'est Metzler Popa qui l'a composée... "On croisera John Ford, Truffaut, Yma Sumac, Goodis, Leadbelly, Tony Curtis, et beaucoup d'autres. Ulysse use de son érudition mais ce n'est jamais de la poudre aux yeux, il y a une cohérence derrière ses choix, et les ombres inquiétantes du monde passent à l'arrière-plan, mais elles sont là («le sinistre car d'Emile Louis »), et on perçoit l'écho d'une drôle de France. Aux côtés de Popa, qui a perdu la mémoire pendant 38 chapitres (l'intrigue, dironsnous), se tient Mme Pompidou, amie, confidente. Elle va tout faire pour l'aider à la retrouver. Mme Pompidou disserte sur l'art d'écrire et de raconter, elle pense, avant de s'endormir, à la mémoire de l'art, et elle a des répliques qui font mouche: « Et n'en profitez pas pour marcher sur les pelouses! Elles sont interdites même aux biographes! » Mme Pompidou veille sur la Fondation Popa, qui accueille des artistes, comme Raymond Lemerle, fondateur de l'Internationale Céleste, qui cite Bob Dylan et qui veut déjouer les plans d'infiltration des nazis dans l'art contemporain ( j'ai cru reconnaître Isodore Isou, mais je peux me planter, et puis ça m'étonnerait qu'Isou cite Dylan, mais sait-on jamais, Ulysse joue là-dessus, toujours ), ou ces Chiliens affamés qui seront chassés de la résidence ( on rit beaucoup à ce passage ). A la Fondation, un jardinier peut découvrir une lettre dans une bouteille. La lettre du clone d'un résident, mais on en saura pas davantage. Parallèlement à la quête de Popa se déroulent les petites histoires de personnages attachants, qui s'insèrent dans la trame générale: le magicien dont la vie bascule après une exhibition à la Fondation, le banquier " à ventre de bouée ", heureux acquéreur de la dernière oeuvre de Popa ( un canapé orange ), Metzler XXIII, l'imposteur, la dame de la gare de Nice, Axelle, Jocko...Au chapitre 40, Popa commence à pleinement se souvenir. Il a été placé à la MRAD, la Maison de repos pour les artistes dérangés. Au chapitre 47, il est guéri. Entre les deux est inséré un poème sur Oswaldo Dandru, footballeur qui a tué sa femme à coups de hache, mais est-ce vrai? Je ne me souviens d'aucun joueur s'appelant Dandru, mais ma mémoire ressemble à celle de Popa. Quelques comptes seront réglés au chapitre 56. Ulysse critique finement l'impuissance créatrice (on l'aura compris) et ce qu'il appelle "s'autoriser à être vide ". Auparavant, la fille illégitime de Popa et de sa seconde épouse (il en a épuisé sept), aura fait une irruption spectaculaire. Je ne dévoilerai pas de quel engin elle use, mais ça en jette. Enfin Popa remonte aux sources de sa créativité, et Ulysse réserve quelques surprises avant de faire défiler toutes les vies encore à vivre des personnages qu'on a aimés dans " La Fondation Popa ". Il y a beaucoup d'Ulysse dans ce roman, mais je ne dirai pas quoi, parce qu'il a tout filtré, tout passé au tamis de l'imagination; et la sienne est grande et il lui fait confiance, et il a raison. A présent, que vous preniez pour argent comptant ou pas ce qui précède, peu m'importe, car je sais qu'à la fin de ma vie, ou avant, si je dois séjourner à la Fondation Popa ou, plus certainement, à la MRAD, je tiens à l'être en compagnie de L.-S. Ulysse. Je suis certain que nos conversations auront de la tenue, qu'il y aura du coeur et des idées et qu'ensemble on ne s'ennuiera pas.  

" La Fondation Popa ", L.-S. Ulysse, Editions Panama, 17 euros.  

Yannick Bourg   



LOUIS-STEPHANE ULYSSE  Pour découvrir l’oeuvre de Louis Stéphane Ulysse, je n’ai pas eu à chercher bien loin. Je me suis contenté de glisser entre les lignes de ce site (Ici http://strictementconfidentiel.com/content/view/119/37/), cette revue inclassable, prétendument sans ligne éditoriale, cacophonique, multiple, aux dix visages, qui n’a décidément rien de la secte ni de la bande, pas plus que de l’organisation militaire ou religieuse. Ici, à mon sens, ça tient plutôt du collectif ; un collectif à dix voix où nul n’est tenu à la mesure ni au respect de règles dogmatiques posées comme un incontournable préambule qu’on aurait gravé dans le marbre d’accords de Yalta webiens… Non. Pour le moins. Ici, à mon sens, ce qui se joue, c’est la réinvention, chaque jour, d’une autre idée du « vouloir vivre ensemble », à notre seul bon gré et cela tient, si ce n’est du miracle, tout au moins du précieux. Et lorsqu’il se trouve un écrivain pour prétendre que « raconter c’est résister », comme l’écrit Louis-Stephane Ulysse dans son dernier roman, La Fondation Popa et que seul le retour de la critique pourrait en répercuter non pas l’écho, mais la juste note au milieu de la cacophonie du temps, cet écrin improbable me devient encore plus précieux.  Désormais la critique est, en soi, un acte Politique majeur. Je l’ai déjà écrit ? J’insiste. Parce qu’être écrivain n’est pas le fruit d’une naissance spontanée. Non. Mais la marche solitaire d’un parlêtre sur le sentier des contrebandiers qui serpente au flanc de la falaise d’une époque, au bord du vide, parmi ses propres ruines et ses propres désastres. Parce qu’être écrivain, c’est accepter de mener sans fin une quête sans Graal au milieu des décombres et de la fureur du temps. Dès lors, critiquer l’oeuvre d’un écrivain, ne peut se réduire à rendre compte de sa dernière production en quelques lignes brouillonnes, lâchées avec verve et humeur pour satisfaire à la réalité économique et putassière du marché. Non. Critiquer un écrivain, c’est oser s’arroger le droit de prendre du temps. C’est résister à l’état d’urgence permanent qui voudrait nous faire croire qu’il n’existe pas d’autre choix. Mais c’est également prendre le risque de lâcher des bouts de soi dans les reflets incertains de ce qui se restitue de la lecture d’un écrivain… C’est accepter de cheminer à sa suite, longuement, tout aussi solitaire, dans l’espoir de retrouver ses traces. Critiquer l’oeuvre d’un écrivain, c’est prendre le risque de mêler aux siens, son sang, ses larmes, ses joies et ses peines. Critiquer un écrivain, c’est refuser à tout prix de chercher à dévoiler l’homme derrière ses livres. « Derrière le voile, il n’y a rien », disait Lacan. Sans doute parce qu’il n’y a rien de plus stupide et de plus vain que de demander à un écrivain « comment ça c’est écrit »… Aussi vain et stupide que de demander à un sujet pourquoi il en aime un autre…À la fin de l’interrogatoire, le tortionnaire se retrouve nu, vide et abandonné. À la fin, il ne reste rien. Je n’ai pas lu tous les livres de Louis Stéphane Ulysse mais seulement trois, chacun marquant une époque, bornant le chemin qu’il a emprunté voilà presque quinze ans avec son premier roman : Soleil sale aux éditions Florent Massot. Soleil Sale ou Arto et l’impossible traversée du fantasme. Un écrivain ne poursuit jamais que ses propres obsessions, dit-on. Qu’il change le cadre ou la forme, rien n’y fait, c’est sans fin qu’il retournera à l’exploration de 17 celles-ci, au risque de devenir fou, d’agoniser sur le bord de sa table de travail perpétuellement confronté à l’insaisissable de cet objet qui le questionne et qui reste, malgré tout son acharnement, impossible à circonscrire tout à fait. Il y aura toujours un reste. Un bout qui échappera au tourbillon de la langue où il aurait voulu l’enfermer. Éternel capitaine Achab pourchassant sa baleine blanche… D’autant plus qu’invariablement, entre le projet de l’écrivain et ce qui lui échappe dans l’acte d’écrire, il y a ce miracle de la littérature, cette révélation morcelée qui se fait jour au fil des lignes qui s’accumulent sur les pages blanches du livre qui s’écrit. Chez Louis Stéphane Ulysse, dès Soleil Sale, ce qui s’interroge c’est le Désir, cet innommable qui nous dirige et dont nous ne saurions percevoir que les traces. Le Désir et les fantasmes, ces masques derrières lesquels, il peut se cacher pour échapper au sujet qui le guette. Au point, parfois, de ne laisser à ce dernier que les leurres qu’il a déposé pour le tromper. Au risque de le perdre et de l’anéantir. Voilà ce qui s’écrit d’Arto tout au long de Soleil Sale. Pour tenter d’en dire quelque chose, dans ce premier roman, Ulysse essaye de nous montrer les traces qu’il laisse dans la réalité. Comme les tâches de sang que laisserait une tête heurtant violemment le bitume. Les traces sont tangibles. Le sol est maculé. Mais ce que nous pourrions en savoir ne tient qu’à l’interprétation. La vérité s’échappe. Elle reste hors d’atteinte. Elle se dilue avec l’eau de pluie et les engins de nettoyage de la mairie. Comme Arto, à ce stade, l’écrivain vient se heurter au Réel, à l’impensable, là où logent la mort, le Désir et le roc de la castration. Et l’on pourrait en rester là, à la lisière, tout aussi démuni qu’avant la première page comme cela arrive presque systématiquement avec la production livresque contemporaine qui n’en finit plus de cracher en série ses petits traités de sociologie émasculés. Mais Ulysse a perçu son issue, la brèche par laquelle s’immiscer et fracturer le Réel. Et ça prend la forme, avec Arto, d’un voyage en réseau… de la vie virtuelle et de la quête, dans cet univers immatériel où ne résonnent que des voix, d’un autre, une autre en l’occurrence, « supposée savoir »…En savoir plus long que lui sur lui-même et qui viendrait combler le vide, colmater le trou que creuse irrémédiablement le manque… Et il la trouve. Elle se nomme Soleil Sale, c’est son pseudo. Elle débite des phrases sans queue ni tête pour le quidam mais à Arto, ça parle. Il sait, lui, interpréter ses bribes informes. De même qu’il sait qu’elle, au moins, en connaît plus long sur lui que lui-même. Il en est persuadé. Alors il décrypte et il obéit. Il ne marche pas, il vole. Ce qui se raconte-là, tous les solitaires qui ont un jour parcouru frénétiquement le web en ont appris quelque chose à un moment ou à un autre. Arto qui a quitté sa province et la petite vie douce qu’il y menait pour être « libre » n’a finalement qu’une quête : celle d’un maître qui lui dirait ce qu’il est et ce qu’il désire…et un maître, contrairement à l’Amour, quand on le cherche, on le trouve... Dans ce premier roman Ulysse a trouvé la forme qui convient, ses phrases sont heurtées comme pour mieux nous signifier qu’Arto ne ressemble à rien d’autre qu’à un jouet télécommandé qu’un enfant qui s’ennuie s’amuserait à cogner inlassablement contre une plinthe/plainte jusqu’à l’épuisement définitif de ses batteries… Ce premier roman devrait être lu et commenté dans toutes les classes de première et de terminale aujourd’hui… Avec De l’autre côté de la baie, Calmann-Lévy 2003, la quête continue, mais quelque chose a changé. La réalité s’étiole doucement, déjà. Après les quelques soubresauts des premiers chapitres, elle devient le cadre presque banal dans lequel évoluent ses personnages. 18 Madj, le personnage principal est allé au bout du fantasme. Il s’y est heurté violemment, mais en a réchappé. Il est allé comme un somnambule au bout de la quête de « l’avoir ». Avoir suffisamment pour vivre tranquille. Et après ? Le vide en soi est peut-être plus immense encore. Madj est là, à la tête d’une petite fortune bien mal acquise qui lui octroie le droit de jouer les rentiers pour au moins six ans…Six ans, et après ? et pendant ? Mais il pourrait tout aussi bien être un écrivain « victime » d’un succès récent et inattendu pour reprendre le mot de J.Cercas que ce petit malfrat en cavale… en cavale ou dans cette sorte d’exil perpétuel de l’écrivain dont parle G.Rosales ? Madj s’est cogné au Réel, mais il en a réchappé. Il est là, loin de tout, sur une île à touriste balayée par les vents venus de l’océan. Ce qu’il voulait, il l’a. Tout au moins ce qu’il croyait vouloir. Il a beau tendre l’oreille, parfois, il en vient à douter que son coeur bat encore. Dans cet état proche du coma, il erre comme un trou noir aspirant les êtres qui ne sauraient le lire. Et parmi eux, il y a Evelyne. Elle est la pièce manquante à cette vie en toc qu’il s’est construit… Même à deux je suis seul, même à deux en imitant quelqu’un qui me ressemble je suis seul, seul à savoir que je fais comme si, dans ce nouveau temps de confort et d’inertie. Au milieu de ce tableau où ne semblent vivants que les éléments, il y a Burlin. L’incarnation de la culpabilité inquisitrice qui le ronge ? ou le reflet tronqué de Madj dans le miroir de la langue ? Combien de temps faut-il pour apprendre qu’il n’y a d’obligation à rien… pas même à être malheureux ? Une vie ? Pour Madj en tout cas ça n’est pas le juste temps de ce savoir-là. Non… Peut-être parce que le semblant a fini par réussir à lui faire oublier ce qu’il est véritablement. Une illusion. Madj se persuade qu’il ne peut que se perdre… Là-bas, de l’autre côté de la baie avec Elle. Elle qui l’attire irrépressiblement, comme un aimant géant un petit robot de fer-blanc dépourvu de volonté. Ce désir qui l’attrape par les couilles et le ferait traverser la baie à la nage s’il le fallait… Et après ? Ce qu’il a perdu depuis qu’il l’a rencontré, c’est la maîtrise, ce savoir rationnel de ce qui se joue. Tenu par les couilles ? Comme Arto qui les aura perdues pour de bon ses couilles. Madj les lui laisse entre les mains et il se demande si c’est bien. Mais que faut-il de savoir à un homme pour se laisser glisser dans l’Amour sans repentir et cesser, enfin, de se débattre comme un poulpe au bout de son harpon ? Quel chemin un homme doit-il parcourir pour accepter enfin d’apprendre quelque chose du roc de la castration ? Et combien de savoir supplémentaire lui faut-il acquérir pour accepter qu’il ne sera jamais plus perdu que loin de celle qu’il aime ? C’est tout ça qui s’interroge dans ce roman. Rien de plus, mais rien de moins. La Fondation Popa, dèjà chroniquée ici par Yannick, comme je le rappelais au début, a vu son auteur récompensé en novembre dernier par le Prix du style 2007. Et personnellement, je remercie vivement le jury parce que s’il y a bien une fonction des prix littéraires qui reste désespérément inusitée ces temps-ci, c’est bien celle qui leur permet d’ouvrir une brèche dans l’espace-temps étriqué que le marché offre à un livre. Sans ce prix, jamais cette critique n’aurait pu coïncider avec l’actualité de ce roman qui, peut-être plus que d’autres encore, demande que l’on prenne le temps… Avec La fondation popa, on flirte doucereusement avec le surréalisme, là où la langue d’Ulysse se fait plus poétique que jamais. Mais il n’y a rien de gratuit dans ce 19 parti pris. Non, parce que c’est sans doute la seule manière d’aborder cette dimension-là du Désir. Dans ce roman, Metzler Popa n’est pas, contrairement à Madj ou à Arto, un personnage un… Non, Meztler Popa n’est pas « tout entier », il a perdu la mémoire ce qui lui permet, à lui au moins, d’avouer ignorer ces courants souterrains qui sont à l’oeuvre tout au fond de nous… Popa et son autre, c’est la transcription romanesque de la formule : « Je suis ce que je est » de J.Lacan (mais on pourrait orthographier momentanément « est » en « hais »…) Ce que « je » est, je suis l’ignore, mais sans le « je » de je suis, je est…sans ce supplément d’âme nécessaire à constituer tout à fait un sujet… Mais je vous en ai déjà trop dit… La Fondation Popa ressort en librairie ce mois-ci, auréolée de son joli bandeau du prix du style, vous ne pouvez pas la manquer, allez-y, mais attention. C’est un livre auquel on doit s’abandonner. Il faut s’y lover confortablement puis se laisser porter par la langue de l’écrivain, sans quoi vous risqueriez de passer à côté. Lire un écrivain, c’est d’abord et avant tout lui accorder votre confiance, de la première à la dernière ligne… Laissez-vous faire, Ulysse sait plus que jamais où il mène sa barque… Si vous le croisez, ne demandez pas à Louis Stéphane Ulysse d’infirmer ou de confirmer cette critique, il vous dira humblement qu’il ne sait pas trop, qu’il n’a pas cette « intelligence-là ». Certes, Louis-Stéphane Ulysse n’est ni un professeur, ni un analyste, ni un universitaire. Non, Louis Stéphane Ulysse est seulement un écrivain, juste un écrivain, mais n’est-ce pas ça le plus difficile, d’être un écrivain, ce genre d’être qui sait que, dans la furie du temps, lorsque s’approchent les tempêtes, il n’y a rien de plus essentiel que de s’en tenir au bois de son écriture et au foyer de celle qu’on aime ?  

Franck-Olivier Laferrère   



L’INTERVIEW PERPETUELLE  

Bonjour Louis-Stéphane Ulysse…  

Bonjour.  

Ce qui me frappe avec votre dernier roman, « La Fondation Popa », c'est le changement radical de style par rapport à vos autres livres ?  

Oui… Je ne peux dire que : « Oui », je ne vois pas ce que je peux dire d’autre, là, aujourd’hui, comme ça… Bon, j’ai une idée, un sujet, un fond ; après, à partir de ce fond, je vais laisser venir une forme… En général, je n’ai pas qu’une solution, mais plusieurs, c’est toujours un moment de mauvaise excitation pour moi, le moment où je dois faire un choix, c’est vraiment violent, à se cogner la tête contre les murs… Quand « La Fondation Popa » n’arrivait pas à « s’écrire », quand j’hésitais sur un choix, une fois, je me suis vraiment cogné la tête contre un mur…  

Ça vous a aidé ?  

Non, ça m’a fait mal sur le coup, ça m’a calmé quelques minutes, je me suis fait peur après… Comme je suis hypochondriaque, et comme il n’y avait pas de bleu, je me suis dit que je m’étais sûrement fait un truc grave… Ça m’a distrait un peu dans la journée, ça m’a éloigné de la décision, du choix que j’avais à prendre… Dès fois, je vais dans les églises, j’aime bien celle de Saint Germain l’Auxerrois, près du Louvre… Je fais des courses dans une grande surface, ça aide, il n’y a pas de si grande différence entre choisir une marque de yaourts et choisir un style d’écriture… Le plus souvent, je sais que c’est bien quand j’écris sans réfléchir ; dans ces cas-là, la forme me donne le fond sans vraiment avoir à y penser… La vérité, c’est que je n’aime pas vraiment écrire. J’aime être dans un univers, avec les personnages, j’aime vivre avec eux, mais l’écriture en elle-même ne me prend jamais beaucoup de temps, ce sont les corrections qui me prennent du temps, le montage aussi ; j’ai rarement écrit « tout droit », dans l’ordre ; pour celui-là, La fin a été terminée avant le début, c’est de la couture, j’ai inversé pas mal de chapitres pour trouver une émotion différente… C’est souvent une question d’émotion… J’aime bien la notion de montage même si je crois que les deux prochains textes seront verticaux, écrits en ligne droite.  

Jusqu’où êtes vous, ou pas, votre personnage principal ?  

Mes textes sont les seuls espaces où je suis : « tout ». Je peux aussi bien être un homme qu’une femme, qu’une voiture, une chaise, une table, je mets de moi dans tout. Quand j’écris, je suis Dieu mais aussi les créations de Dieu, c’est sympa, c’est le retour au réel qui est flippant… Non, en fait, c’est peut-être ça aussi qui me permet de ne pas souffrir du réel. C’est pour ça que la phase promo est vraiment un truc insupportable pour moi, j’ai des angoisses, l’anxiété est démultipliée, je ne sais pas faire ce travail là. Je saurais très bien le faire pour un autre auteur mais pas pour moi. Un bon auteur n’a pas à dire : « Lisez-moi, c’est un bon livre », c’est l’inverse de l’écriture, on tue le secret. On a besoin du secret pour lire comme pour écrire. La souffrance est de montrer son travail pourtant c’est ce qui fait sa valeur. Je n’ai pas de souffrance quand j’écris ; même si parfois, en vieillissant, il y a des moments où je me demande si c’est moi qui écrit… Je me demande parfois si je ne suis pas qu’un zombie qui capte par bribes des âmes qui passent.  

Comment vous considérez-vous par rapport aux auteurs français et comment expliquez-vous votre manque de reconnaissance ? Autrement dit avez-vous le sentiment d'être à votre place ?  

J’ai souffert dix ans de ma vie avec ça ; disons jusqu’à l’avant dernier, « De l’autre côté de la baie », je me suis fait du mal, je me suis laissé faire du mal, et j’ai forcément fait du mal ; aujourd’hui, je ne veux plus entendre parler de ça. Je n’écris définitivement pas pour ça. Le seul enjeu à ce niveau, pour moi, est de savoir qui va publier le prochain, comment et pourquoi. En ce moment, j’ai un éditeur avec qui je me sens bien, je crois qu’on est amis, c’est quelqu’un que j’aime vraiment… Maintenant, j’ai plus de mal avec la notion de "presse" et de promotion : vous faites quelque chose d’unique, pas de meilleur ou de pire, mais juste cette notion là : « unique », et eux doivent parler toute l’année des choses uniques… Pour moi, l'écriture est liée à mon quotidien, c’est l’écriture qui m’a sorti de la merde où j’étais et qui, en même temps, m’empêche de vivre tout ce que je voudrais. Aujourd’hui, pour revenir à votre question, je suis à ma place, parce que ma place, c’est celle où je suis, par logique, personne n’est à ma place et je ne veux la place de personne. J’aimerais, disons que ça serait plus facile, si mes livres se vendaient mieux, c’est tout… Mais, fondamentalement, ça ne change rien à ce que j’écris… Le désir n’est pas là… Pour le reste, je ne me sens pas, ou plus, victime d’un complot ou de l’incompétence d’autrui, j’ai, au contraire, eu beaucoup de chances mais pas toujours les bons outils, la bonne intelligence pour les saisir. Il ne faut jamais oublier que personne ne vous force à écrire, c’est un choix.  

Pourriez-vous parler d'autres auteurs français avec qui il y aurait une communauté, un partage de vue ?  

Bof… Non… Je peux dire que j’aime lire mais je n’ai paradoxalement pas le temps de lire quand ce n’est pas lié à un projet. J’ai une culture de petit singe : je prends tout au moment où j’en ai besoin, je sais que c’est dangereux parce que ça donne une vision parcellaire du monde, on est vite en circuit-fermé dans ses préoccupations immédiates, et je suis très malheureux de ça. J’aime lire les gens que j’aime et dans ces cas-là je n’ai plus de subjectivité. Je crois que je suis un bon lecteur sur des données techniques, le rythme, la couleur, mais pas sur le fond. Je fais partie des gens qui pensent qu’au bout d’un moment tout se vaut… Il y a une polémique sur ça en ce moment, vous le voyez quand vous surfez sur internet : l’engagement, etc. En fait, c’est dans le prolongement des débats sur le « politiquement correct ». Les gens qui renient le « tout se vaut » sont souvent des gens qui, en deuxième intention, vont vouloir vous prouver qu’ils valent mieux que les autres… Je pense que la création est géniale justement parce qu’il y a un territoire de liberté ou chacun peut poser sa maison, construire son espace… On peut préférer aller dans la maison d’untel pour de bonnes et de moins bonnes raisons, mais de là à décréter que la maison d’untel où on aime aller est la meilleure du monde, c’est puéril, c’est fermer la porte des possibles. En fait il y a une réaction contre le « tout se vaut » parce que ça a été d’abord un argument utilisé par des gens qui voulaient être considérés comme des créateurs alors qu’ils étaient en premier lieu des raisonneurs, des justificateurs… Pour moi, Sartre, Debord ou Breton, sont des raisonneurs, sans doute de génie, mais je ne les aime pas, ils ne me séduisent pas. Mais, malgré tout, il vaut mieux rester sur le « tout se vaut », sinon on risque d’entrer dans un système vertical, un peu comme avec Sarkozy en politique aujourd’hui, où il y a le risque du manque de possibles, il y a un classement, avec des winners et des loosers, c’est le fonctionnement binaire, le « 0 » et le «1», le numérique, mais pas de variable, on est dans un loft, c’est le même système, c’est pour ça aussi que je trouvais que François Bayrou proposait une alternative très intéressante, honnête, simple… Et puis, toujours, au bout du compte, il faut se demander qui est habilité à dire : « c’est bien », « pas bien »… Un auteur n’a pas à se mêler du classement des auteurs, c’est se tromper de route ou s’engager sur une route plus que suspecte… Je ne dis pas que le champ de la création est nécessairement un truc de « dernier de la classe » mais j’ai commencé à écrire parce que je trouvais que c’était un domaine où on pouvait raisonner autrement qu’en tenant compte des « premiers de la classe ». Les gens qui ont écriture qui me plait en ce moment, c’est, dans des domaines tellement variés et différents, ça peut être quelqu’un qui m’envoie un mail aussi… Je ne suis pas forcément dans le même engagement, je n’aime pas ou ne partage pas leur vision du monde, mais ils ont tous ce truc qui fait que je les lis jusqu’au bout, comme si j’avais faim. Je ne crois pas à tous ces trucs sur l’engagement, je crois que ça participe encore et toujours au fantasme de l’écrivain quand on écrit pas ou mal. À partir du moment où l’on écrit, on s’engage…  

Si vous deviez ne retenir qu'une qualité à votre roman, laquelle ? Qu'est-ce que vous voudriez qu'on en retienne en premier ?  

C’est le genre de question que je n’aime pas et à laquelle j’estime que je n’ai pas à répondre. Si je me pose la question, et je me la pose forcément une centaine de fois, j’aurais une centaine de réponses différentes. De toute façon, la réponse au final, n’est jamais loin d’un truc du genre : « je vous aime, aimez-moi, je veux être riche et en bonne santé, je ne veux pas mourir tout de suite. »  

Il y a parfois une lecture perturbante, c'est général sur vos textes, je pense à « Toutes les nouvelles de mon quartier intéressent le monde entier », « Pourquoi les femmes n’aiment pas les petits garçons », « de l’autre côté de la baie » et bien sûr à « La Fondation Popa », on ne sait jamais jusqu'où vous êtes sérieux ? Jusqu'à quel point ?  

Je ne le sais pas non plus. Ce n’est pas une coquetterie quand je dis ça… Même dans la vie, je suis comme ça, je crois que c’est un truc qui me vient de mon père plus particulièrement, je ris assez facilement même dans les situations où il ne faudrait pas… Je peux être dans une colère assez violente et finir par en rire parce que, durant une fraction de seconde, je me suis vu en train d’être en colère… Je me fatigue de plus en plus vite de moi. En vieillissant, je supporte de moins en moins ma faculté au changement de registre… Je sais que c’est une forme de talent mais c’est un talent encombrant dont je ne sais pas quoi faire. Je pense que l’auteur, en général, se regarde beaucoup, il a une « double-détente », il vit et se regarde vivre ou prend des notes sur ça…Je peux très vite être amoureux, dans le sens large, de quelqu’un qui me fait rire, j’aime rire. Quand j’étais enfant, mon père me faisait rire, c’était une véritable drogue. J’ai été élevé dans un premier temps par ma grand-mère maternelle, c’était un personnage tout à fait surréaliste, une sorte de super-héros improbable, elle avait la volonté de plier le monde à ses besoins à elle... Lorsqu’on était en retard pour prendre un train, elle pensait que le train allait nous attendre… Elle pouvait arrêter une voiture au hasard en ville, lorsqu’elle avait un sac de courses trop lourd, pour qu’elle la remonte chez elle… Elle n’avait peur de rien… Je me souviens que lorsque, je ne voulais pas aller à l’école, ou lorsque j’étais trop triste, elle venait me chercher… Donc j’ai grandi, je me suis construit avec le rire, la dérision, le hors-norme…Là encore, c’est à double-détente : une enfance merveilleuse et en même temps préparant mal au monde des adultes…  

Comment travaillez-vous, quel est votre quotidien ?  

Depuis un an ou deux, je suis très désorganisé, parce que mon travail est partagé sur des projets avec des personnes différentes. Je pense que l’écriture télé m’a rendu paresseux. On peut parfois y obtenir un effet en moins d’une heure, là où dans un contexte plus créatif, il faudrait « creuser » sur huit heures.  Avez-vous des objets, des rituels ?  Je n’ai des rapports fétichistes qu’avec la personne que j’aime… Même plus d’ailleurs : plus on aime et moins il y a de la place pour la fétichisation… J’ai des cailloux, c’était mon surnom quand j’étais enfant… J’ai plein de galets, je bois de l’eau… Je déteste écrire le soir… L’idéal, c’est le matin tôt, juste après un petit déjeuner… J’ai tellement déménagé, que j’ai perdu le rapport au lieu : je peux écrire n’importe où avec n’importe quoi… Certains claviers de PC me gênent, ils sont trop lisses… Je travaille depuis peu sur un petit HP Omnibook reconfiguré et boosté, j’aime bien son clavier un peu lourd, comme les anciens Mac… J’ai du mal avec les écrans « vitre », ils m’éloignent du texte… J’aime bien le crayon noir, les blocs de papier… Je n’aime pas les cahiers, j’y ai toujours l’impression d’étouffer… Pour écrire, j’ai besoin de penser que je n’ai rien d’autre à faire… D’avoir chaud aussi. Je n’aime pas écrire quand j’ai froid.  

Qu’est-ce qui a fait qu’un jour vous vous êtes décidé à montrer vos manuscrits, à vous dire : « C’est bon, je veux être édité » ?  

Je n’ai jamais su raisonner comme ça. La vraie décision, pour moi, ça été de laisser les autres, l’entourage, entrer dans mes textes… De moi-même, même si j’en rêvais, je n’aurais jamais osé faire ça… Jai deux sentiments avec l’écriture : le premier, c’est que ça ne me demande pas d’effort, ça coule tout seul, le plus souvent, mais, le second sentiment, c’est que ce n’est pas mon monde, je fais énormément de fautes en « premier jet », je n’ai pas fait beaucoup d’études, quand je vais dans ce milieu, je me sens toujours « pièce rapportée », je suis plus à l’aise avec le milieu du cinéma, pas les gens, on retrouve les mêmes partout, mais les problématiques : le montage, le son, l’image, le rythme, les acteurs…  

Quel est le livre connu que vous n’avez pas écrit mais que vous auriez aimé écrire ?  

C’est le problème… Quand je lis un livre, je suis souvent impressionné, si je vais jusqu’au bout, il y a une sorte de respect… Je pourrais répondre : « Tous les livres des autres » dès lors que je n’y sens pas de supercherie, de posture… Je pense que le plus important en littérature c’est l’honnêteté, c’est la voix…  

Quelles sont les limites de l’écriture, la vôtre, celle des autres, par rapport à langue aussi ?  

Je ne sais pas répondre à ce genre de questions.  

Quel est l’avenir, selon vous, du roman ? Comment prenez-vous en compte internet et, plus largement, l’éruption de la donne informatique ?  

Son avenir est à hauteur de son passé. Une fois que l’on a compris que le roman, la fiction écrite, l’écriture ne vivent pas dans le même temps que notre réalité, on a tout compris. La littérature est le lien le plus naturel entre « ce qui a été » et « ce qui va être », entre les morts et les vivants. Pour moi, internet est un outil informatif, la littérature n’est pas le coeur d’Internet et ne peut pas l’être. Il n’y a pas d’exemple pour le moment, pour ce que j’en ai vu, d’exemple réussi de littérature sur internet, dans la spécificité du support… Quand ça marche, c’est que ça aurait pu marcher sur un autre support. Les blogs d’écrivains, les communautés littéraires sont le plus souvent pathétiques… Ce sont des gens qui singent les médias traditionnels, où qui profitent d’un espace sans contrôle pour dire n’importe quoi, la plupart du temps pour se justifier, s’autoproclamer. C’est du positionnement. Maintenant, qu’il y ait des écrivains qui se fassent connaître ou qui émergent du net, ça me semble logique, naturel, mais ça ne donnera rien d’autre, hormis des spécificités purement techniques – longueur des phrases, langage, etc. – qu’un écrivain « old school ». Je veux dire qu’un écrivain est un écrivain, qu’il vienne du blog ou de la boucherie Sanzot, ne change pas le problème. Proportionnellement, il y a plus de bonnes écritures, vives, intelligentes, drôles, profondes, qui viennent de la banlieue, du rap, de la musique… Le problème, ici, est toujours le même : l’écriture est le fait d’une élite blanche. Pour moi, l’enjeu est toujours le même : comment l’écriture est transformée par des gens qui viennent d’une autre culture, qu’est-ce que ça va donner dans le pot commun, est-ce que ça va le modifier, détourner le cours de notre fleuve et jusqu’à quel point… Les podcasts d’écrivains sur internet, c’est des trucs de petits blancs qui jouent à la marchande… On se trompe de bataille, d’enjeu… Ou alors il faut que cela soit poussé à l’excès comme Thierry Théolier et son Blackblog, parce que là, il y a une vraie novation : il prend en compte à la fois l’informatique, l’écriture, l’art contemporain, le net, le cinéma… Son non-sens fait sens. Il y a un vrai truc politique. Le blog de Virginie Despentes était très réussi aussi. Concernant des enjeux plus lourds sur l’avenir, Steiner évoque des civilisations sans écriture, ça a existé, ça peut exister… Il n’y a jamais eu de civilisation sans musique mais sans écriture, oui… Donc ont peut vivre sans écrire… Ou sans avoir à en parler… La donnée informatique, c’est autre chose : le binaire, le numérique, sil doit y avoir une zone d’influence, de contamination, elle est là. Internet me sert juste à me renseigner sur les logiciels ou les automates d’écriture, c’est le tuyau pas le contenu. On avait eu l’idée, il y a quelques temps, de faire un site similaire pour l’écriture aux « Stratégies obliques » de Brian Eno… Un site regroupant tous les logiciels, les conseils, les trucs pour écrire de la fiction, les conseils juridiques, les dons d’histoire… Par exemple, moi ça m’arrive souvent, j’ai un début d’histoire ou un pitch mais je sais que je ne pourrais pas le faire pour une raison X, pourquoi ne pas en faire le don à la communauté ? La seule règle était que tout soit anonyme, c’était beaucoup plus intéressant, honnête : pas de gestion d’égo, de ricanements, juste des outils pour bien bosser… On n’a jamais trouver d’investisseurs français… Un Luxembourgeois, un Suisse… Sur internet, les littéraires veulent essentiellement se faire connaître et donner leur avis… L’autre idée était d’envoyer des textes dans le net comme des bouteilles à la mer, faire des blogs anonymes et ouvert à tous, avec juste un texte et voir ce que ça devenait…. L’autre problème en vieillissant, c’est le rapport au temps, je n’ai pas le temps de tout.  

Justement, comment voyez-vous votre avenir littéraire ?  

Un crépuscule sans fin… Ou presque…  

Propos recueillis par écrit par Joël Joanest   


CULTURE CAFE  

Interview Louis-Stéphane Ulysse : « J’écris en suivant mes émotions, et les autres peuvent bien faire ce qu’ils veulent ! »  

La fondation Popa est un livre extrêmement riche et singulier. Pourriez-vous nous le résumer ?  

C’est pas facile… En le pitchant, on peut dire que c’est l’histoire d’un peintre qui perd la mémoire, et qui va courir après son passé. Il va en découvrir des bribes, mais qui ne lui ramènent pas exactement ce qu’il attendait, jusqu’au moment final. Il va y découvrir qui il était vraiment… et qui ne correspond pas exactement à l’image qu’il avait de lui.  

L’histoire est située dans le monde de l’art contemporain. En quoi ce milieu se caractérise-t-il des autres univers artistiques ?  

Ce que je voulais surtout, c’était trouver une sorte de vase clos, de bocal à coté du monde. Et j’ai pensé que le milieu de l’art contemporain, par son coté un peu désuet, à part, collait bien à cela. Dans un tout autre domaine, j’aimais bien cette ambiance, dans Tintin, lorsque Hergé emmenait ses personnages au château de Moulinsart. Ca crée une sorte de huis-clos, cela reconstitue une sorte de famille, avec des personnages récurrents. Et je souhaitais fonctionner un peu sur ce mode pour ce roman.  

Avez-vous fréquenté ce milieu ? Comment l’avez-vous perçu ?  

Je le connais un peu, j’avais quelques amis qui y travaillaient. Mais ce n’est pas un monde avec lequel j’ai une réelle proximité, comme la littérature ou le cinéma (pour lequel je travaille en ce moment).  

Votre personnage principal, Meltzer Popa, rappelle fortement Andy Warhol. Que représente pour vous le fondateur du Pop Art ?  

Pour moi, Warhol est quelqu’un qui est allé au bout d’un système. Vingt ans après sa mort, on est toujours coincés dans les bases qu’il a posées, tant au niveau de l’image que du son, grâce à l’aide qu’il a donné au Velvet Underground. Encore aujourd’hui, lorsque l’on feuillette des magazines people ou de mode, on se rend compte que l’empreinte de Warhol est toujours très présente. C’est un artiste qui avait plus qu’un coup d’avance sur la société. De plus, c’est un personnage qui me touche. Au delà de ses extravagances, de son coté très mondain, j’aime énormément sa relation avec le travail. Au quotidien, il est focalisé sur son boulot. Cet homme est finalement un bon modèle. 

Paradoxalement, vous êtes assez dur avec votre héros Meltzer Popa. Est-ce que c’est dans le but de contrebalancer cette admiration qu’on peut avoir pour Warhol ? 

Oui, tout à fait. Il s’agissait de montrer que l’on peut être admiratif sans être dupe, Il s’agissait de montrer tout de ce qu’il peut y avoir de positif et génial dans le personnage, sans pour autant être aveuglé par lui. On connaît tous le contraste qu’il peut y avoir entre le talent artistique que peut avoir, par exemple, Mozart, et les problèmes qu’il rencontre au quotidien. Meltzer Popa a en lui la même dualité, du moins j’espère qu’on la ressentira. C’est à la fois un mec pas très sympathique, mais l’on est quand même un peu accrochés à son univers, à ce qu’il renvoie.  

Voyez-vous, en tant qu’écrivain, un avantage à vous inspirer de personnalités connues plutôt qu’à créer des personnages de toutes pièces ?  

Les personnalités interviennent dans le roman en tant qu’icônes. Par exemple, le personnage de Madame Pompidou est là pour prendre le contre-pied de l’image que les gens de ma génération peuvent avoir d’elle, un peu désuète ou “vieille France”. Le but était de montrer cette façade et creuser, creuser, jusqu’à pouvoir montrer quelque chose d’un peu plus humain. En même temps, cette démarche est un écho au travail de Warhol, qui était très branché people ou night-clubber, puis aller chercher derrière et montrer la quotidienneté des personnages, leur soucis, leurs petits chagrins. Mais lors de l’écriture, je n’ai jamais chercher à théoriser le livre : je me suis laisser guider par les personnages, avec ma sensibilité du moment.  Le livre fait se télescoper personnages de fiction et connus, mais aussi divers styles d’écriture et de narration (récit, poésie, fantastique…). 

Que souhaitiez-vous exprimer avec cette diversité ?  

Le but était de se rapprocher du “réalisme merveilleux”, que l’on trouve chez des auteurs sud-américains tels que Roberto Bolano, ou dans la période française de Luis Buñuel. On vous y raconte une histoire qui au premier abord est abracadabrante, à coté du réel. Lorsqu’on la termine, on a fait un beau voyage, mais l’on se rend vite compte que l’histoire nous renvoie à des choses du quotidien. Tout cela sur le plan émotionnel, bien sûr, sans jamais rentrer tenter d’intellectualiser la démarche.  

Le récit débute au moment où son personnage principal perd la mémoire. Cette amnésie a-t-elle été un tremplin pour créer les situations rocambolesques ou irréelles qui jalonnent le récit ?  

Complètement. Pour valider la démarche, que ce récit fonctionne un peu, il fallait faire table rase du quotidien. Et cette amnésie était le symbole de cette démarche. Mais avec le recul, je me rends compte que c’était aussi un moyen d’enterrer ce que j’avais fait avant, comme auteur, de me sortir de mes boulots pour la télé ou le cinéma. Et me dire je me dégage de tous les acquis que j’ai pu ramasser, je pars sur tout à fait autre chose, et je fais confiance à mon instinct. Le but était donc de se dégager de toutes les logiques de carrière, d’éditeur, pour faire le bouquin que j’avais envie d’écrire, sans même savoir si j’aurais l’envie de le lire ! J’ai cependant connu de nombreuses interrogations pendant l’écriture, notamment la peur d’être largué, pas assez moderne.  

Ce sentiment était-il lié au courant créé par les diverses auto-fictions et autres biographies romancées, dont votre ouvrage est le parfait contre-pied ?  

En partie, mais en fait il n’y a pas de crainte. Je viens de la génération des premiers écrivains Florent Massot, en 1996, avec Viriginie Despentes, Ann Scott ou Patrick Eudeline. On s’est ensuite retrouvés chez J’ai Lu, avec Marion Mazauric. J’y ai publié mon premier roman, Soleil sale. Il y a trois ans, mon sixième roman, De l’autre côté de la baie, est paru. J’ai alors senti que j’étais arrivé au bout de quelque chose dans ma carrière d’écrivain, et j’ai choisi de ne plus faire la publicité d’une émotion qui n’existait plus. J’ai alors choisi de suivre mon instinct, et de faire comme si La fondation Popa était mon dernier livre…  

A la parution du livre, vous avez créé un blog prolongeant l’univers de ce dernier a été créé. Pourquoi cette initiative ?  

Là aussi, c’est une démarche très complexe. Ce n’est pas un blog d’auteur à proprement parler, car on peut très rapidement tomber dans la compulsion, le « je vous aime mais si vous ne m’aimez pas, je vous emmerde, et vous avez rien compris » (rires). L’objectif de ce blog est vraiment de prolonger l’univers du livre. C’est un ouvrage très important pour moi, à cause duquel j’ai quitté Flammarion, je l’ai réécrit plusieurs fois… Mais en arrivant aux Editions du Panama, il y avait des choses que je n’arrivais pas à lâcher. Le but du blog était donc de compléter le livre sur le blog, avec des articles sur des personnalités ayant nourri le livre, sans pour autant y apparaître.  

La fondation Popa de Louis-Stéphane Ulysse, Editions du Panama, 320 pages, 17 € 

Propos recueillis par Christophe Greuet  



SITE PRIX-LITTERAIRES  

Deux ultimes récompenses pour clôturer la saison des prix 2007 : le Prix du style (voir le site) décerné chaque année à "un ouvrage d'expression française pour sa qualité stylistique, écrit par un auteur vivant et publié dans l'année écoulée", est revenu à Louis-Stéphane Ulysse pour son roman La fondation Popa (Panama), l'emportant dès le premier tour sur une rude concurrence ("Icare et I don't", Alain Borer, Seuil ; "L'Autre rive", Georges-Olivier Chateaureynaud, Grasset ; "Le Vampire de Ropraz", Jacques Chessex, Grasset ; "Tom est mort", Marie Darrieussecq, POL ; "Rideau de verre", Claire Fercak, Verticales ; "Avant, pendant, après", Jean-Marc Parisis, Stock). 



VIADEO LIVE

Le prix du style, au Lup  Mercredi soir, 28 novembre, j’étais au Lup, le nouveau restaurant parisien pour noctambules, ouvert jusqu’à 5 heures du matin. Dans une ambiance feutrée était remis ce soir là le « Prix du style », un prix littéraire créé il y a trois ans par mon ami Antoine Buéno, un drôle d’oiseau, écrivain lui-même. Antoine a écrit plusieurs romans dont les titres montrent bien que lui aussi ne manque pas de style. Je citerai par exemple : « L’amateurs de libérines » et « Le tryptique de l’asphyxie ». . Comme son nom l’indique clairement, ce prix récompense un roman pour sa qualité stylistique et celui qui a gagné le prix cette année s’appelle Louis Stéphane Ulysse et son roman « La fondation Poppa », publié aux éditions du Panama. Donc ci-contre je pose avec Louis Stéphane Ulysse, et j’en profite pour signaler que si je suis sur toutes les photos, c’est parce que l’ami très proche qui a joué les photographes s’est un peu identifié au paparazzo italien Rino Barillari (je vous laisse trouver tous seuls qui est ce Barillari sur Internet et évaluer son talent comme photographe). Je n’ai pas lu son livre, mais Louis Stéphane Ulysse avait l’air sympathique. Voilà comment son éditeur présente le livre :" Lorsque j'étais petit garçon, ma mère disait souvent qu'un homme devenait heureux à partir du moment où il perdait conscience de ce qu'il était. En ce sens, Metzler Popa peut donc aujourd'hui se considérer comme un homme parfaitement heureux puisqu'il ne se souvient strictement plus de rien... " Qui est vraiment Metzler Popa ? Le plus grand artiste de son siècle, un faussaire sans foi ni loi ou, plus simplement, un amnésique perdu dans son passé ? Fanfare mélancolique de personnages surréalistes aux blessures secrètes, La Fondation Popa, septième roman de L.-S Ulysse, est également une réflexion sur la création, la mémoire et la transmission. Le jury qui a remis ce prix était composé de gens connus, parmi lesquels Philippe Delerm et Macha Méril, que vous pouvez voir sur la photo ci-dessous. (la photo est assez mauvaise… mon ami photographe avait eu un problème de réglage avec son appareil… mais je la mets quand même pour vous montrer le côté « people » de cette soirée.  

Laure Michel  



BUZZ LITTERAIRE  

"La fondation Popa" paru en février 2007 aux éditions Panama est un roman wharolien sous forme d'une épopée surréaliste, burlesque voire satirique du monde de l'art contemporain, mais aussi une réflexion sur la création, la mémoire et la transmission... (sur le même thème on pourra également consulter le roman d'Adrienne Miller, "Fergus") : 

"La Fondation Popa est mon septième roman. Difficile pour moi, même aujourd'hui, d’en parler détaché. Je peux donner quelques pistes même si je n’aime pas trop argumenter sur mon travail… Je crois que j’écris des romans comme si je faisais des albums concept ou des films. "De l’autre côté de la baie", mon roman précédent, était la périphérie d’une passion, ses détails, ses « à côté », les fragments qu’il en reste après… Je crois que c’était déjà un travail en creux, sur les mots fantômes, les blancs, l’espace… "Toutes les nouvelles de mon quartier intéressent le monde entier" (voir biblio cidessous) était basiquement l’histoire de deux gamins d'une cité qui essayent de s’en sortir, chacun suivant un parcours différent. Là encore, il y avait un rapport à l’espace, au territoire, à une géographie qui risque de se voir engloutir et rayer de la carte. "Soleil Sale" (voir biblio ci-dessous) traitait de la solitude derrière un écran, de communications tordues au point de bouffer le réel, de le contaminer, c’était aussi un texte sur l’addiction, la compulsion… Jouer ses désirs à la roulette jusqu’au moment où le réel vous rattrape. "La Mission des flammes" était un hommage au style polardeux français des années 70, à Manchette en particulier. Des SDF finissaient par mettre le feu un peu partout dans la ville avant d'être récupérés par un parti d'extrême droite. J’ai réécrit une version de ce roman, une centaine de pages d’écart, pour Marion Mazauric, qui créa 33 la collection « Nouvelle génération » chez J’ai lu. "Pourquoi les femmes n'aiment pas les petits garçons" fonctionnait sur la même rythmique que "La Mécanique des femmes" de Calaferte : des bribes de témoignages d'hommes perdus dans un monde, où, du jour au lendemain, il n’y avait plus de femmes. J’ai écrit une vingtaine de nouvelles, tant pour NRV, la revue de Florent Massot, mon premier éditeur, que pour les Inrocks ou l’Évènement du jeudi. J’ai également collaboré au scénario d’ "Un pur moment de Rock’n roll", adapté d’après des nouvelles de Vincent Ravalec, et des "Les Invisibles", de Thierry Jousse, présenté à Cannes l’année dernière. Chacune de ces écritures, à leur manière, ont toujours fini par me rattraper dans le réel, en changeant ma trajectoire d'humain en bien et en moins bien. Après "La Mission", j’ai eu un accident de moto assez grave, et je me suis retrouvé à l’hôpital en face de certains des personnages du roman : mêmes physiques, mêmes origines, mêmes parcours… Peut-être que "La Fondation Popa" n’est rien d’autre qu’une façon de dire « au revoir » au petit garçon que j’ai été… Pour le reste… Après "Le Paradis des chiens", mon roman chez Flammarion, je voulais travailler sur "La Fondation" et Raphaël Sorin ne voulait pas. J’ai préféré suivre mon texte, le retravailler encore et encore, publiant d’autres romans entre temps, changeant de vie aussi, d’amis, mais toujours avec ce texte en tête que je n’arrivais pas à sortir de moi. Disons qu’il a commencé a émerger quand j’ai pris le risque de tout casser pour le recommencer autrement, avec d'autres outils... Depuis sa publication, il y a vraiment deux choses que j'ai bien aimé. D’abord le fait que les gens qui en ont le mieux parlé, pour la plupart, n’aimaient pas ou ne connaissaient pas mon travail d’avant... De nouvelles têtes... L’autre (et tant pis pour le côté Michel Drucker), c’est l’éditeur... Jacques... L’amitié, le temps passé ensemble, le confort donné, l’assurance… Au final, le beau cadeau de rendre réel le désir de l’autre. Je pense que mon désir d’écrire, mon appétit, avant cette rencontre, j’avais fini par le perdre à force de le donner un peu trop facilement, à force de dire : « Oui » pour ne pas décevoir, ou plus simplement pour me faire aimer... Je ne sais pas si un désir blessé fait de mauvais livres mais il les rend probablement plus difficiles à écrire... Voila, un matin, j’ai poussé une porte cochère, traversé un hall, vu, au bout du jardin avec, au bout, la maison Panama et je me suis dit : « Oui, bien sûr, c’est ici. » Comme cela a déjà été dit ou écrit, les influences du livre, souvent peu conscientes, sont nombreuses… Au point d’en faire un blog, non pas sur les atermoiements d’un « écrivain », mais sur les racines d’un livre. Quand je parle « d’atermoiements », je veux dire que tout ce qui me constitue est dans mes livres, chaque fois. Une voix, on peut la changer, la déguiser, mais elle sort toujours de la même personne. Dans mon cas, un blog d’écrivain me paraissait au mieux redondant ; au pire, un coup de pute pas bien fameux, un couinement un peu indécent sur le manque de reconnaissance. Or, cette histoire de reconnaissance de l’écrivain, en vieillissant, je n’y crois pas des masses. Me semble pas que c’est la reconnaissance, ou son défaut, qui fait les livres, mais bien l’envie, le désir. Bien sûr, le manque rend tout plus compliqué au quotidien comme vis-à-vis du regard des autres, mais écrire pour la reconnaissance, consisterait à aimer avec le calcul d’être aimer en retour. Pour ma part, j’ai appris à m’en tenir à ça : mon désir... Ce que je veux… Faire un blog autour d’un livre, c’était une façon de payer ses dettes aussi. Il y a une phrase de Johnny Cash comme ça : « Prends tout ce que tu veux, mais paye le. » Je pense à des films découverts sur le tard en DVD…Il arrive parfois que les bonus soient nourrissants au point de donner envie de revoir telle ou telle scène, avec un autre regard… C’est en découvrant le blackblog de Thierry Théolier, que j’ai eu envie de construire celui de La Fondation Popa. Si la suite de "Soleil sale" redevient d’actualité, j’aimerais que ça soit quelqu’un comme Thierry qui l’écrive. J’aime bien l’idée du bouquin qui passe de main en main, qui se transmet d’une génération à l’autre. Ce qui passe… Ce qui se transmet… Parfois, on est aussi rattrapé, dépassé, par une idée, une intuition qui est dans l’air, en oubliant que l’air inspire tout le monde. Certains thèmes de La Fondation, comme la transmission post-68, la mémoire, l’oubli, la résistance, le « Raconter c'est résister » qui ouvre le roman, n’ont plus exactement la même saveur une fois captés par le champ public ou politique... Alors, disons que c’est un roman qui parle de traces, ça sera plus simple comme ça."  


LE BLOG DE GUILLAUME CHEREL 

J'ai ouï dire qu'il avait un prix du Style, ouaf ouaf ! et que c'était le jeune Bueno qui avait créé ça, malin ce Bueno qui publie chez Tillinac : parmi les candidats au big style, Parisis again... qui avait mis un cuir qui lui va mieux que sa tenue de Bénabar, comme sa coupe de Djian, éh hé... et Louis-Stéphane Ulysse, un mec adorable ? Difficile de pas être sous le charme, et puis il ne faune pas dans les cocktails, lui, mais dont ses livres sont d'un chiant incompréhensible abbysale sauf par lui-même et sa mère... il fut maqué avec Nora Hamdi qui se la pétait artiste peintre et qui se prend pour une écrivaine à cause de Virginie Despentes qui était amoureuse d'elle... j'imagine ! Gouine conne Théorie... Gode save the gouine ! Bref, Ulysse écrit bien mais ses livres sont nuls et Parisis écrit mal mais ses livres sont pas mal... Qui vont-ils choisir ? Le style c'est l'homme... Un homme sans style, donc. Voilà, mon p'tit Glaviot / Paviot, suis revenu dans ma campagne t'inquiète... j'y suis plus, j'en suis plus... suis à nouveau face à un mur... d'incompréhension... Restait le prix Wepler, j'ai habité à côté pourtant, j'aime bien Paris en balade, je t'assure aller de cocktail en cocktail et dire des conneries ou dire la vérité à ODB que tu connais Paviot dans les bureaux du Point après qu'il a raté le Renaudot parce que son chef FOG dit vouloir arrêter les combines... et que Besson (encore lui !!) déconne lui qu'il vote pour ses potes... t'as tout compris, il a tout compris mais moi je dis... j'écris, me mets les pieds dans le plat quitte à passer pour un con, ça nous fait un point commun... un ingérable capable de tout... même de mettre son poing dans la gueule à celui qui viendra me chercher sous le nez... éh hé mais sont lâches tu sais, des hypocrites, planches pourries et savonnettes qui allument par derrière... dans le dos... C'est la comédie des malins !!! Je pense lancer un prix moi aussi, le prix Portninouake ! Ou le prix Castlelnau d'Estrétefonds, le village où j'habite... de choual ! Je me le décernerais chaque année, normal c'est moi l'écrivain le plus connu ici et qui vend le plus... plus que tous, de Littel à Reza en passant par Sarko... lisent peu mais lisent que moi et la Dépêche !!! éh hé... 

Guillaume Chérel


BLACK BLOG / KSSEURS DE HYPE   

Lauréat Prix du Style = LSU a.k.a LOUIS-STEPHANE ULYSSE Allez lire son allocuTion lors de la remise du prix notamment une remarque que les journaleux pourront con-prendre ou non_ "... Vous avez aussi récompensé un éditeur indépendant, exigeant dans son engagement... " Hallelujah !!! MERCI ULYSSE CHUIS TA PENELOPE !!! LSU récompensé pour son livre "La Fondation Popa" que le SDH a teasé gentiment dans ses boyaux en mars 2007... chouffe bébé c bibi qui balançait_ voilà ça change des prix2flore anale "donnée" à des stars de mono-prix2merde pour les consoler de n'avoir pas le Con-cours! (la Littérature de pépé & mémé Formol) OK (bis) RAPPEL2MERDE # 02_ LSU est aussi coupable d'avoir écrit en 1996 "SOLEIL SALE" la bitch ("pitch" sur le SDH...) "Arto a débarqué dans la grande ville pour devenir acteur. Mais c’est un job de superviseur de messagerie rose qui paie son loyer. Il prend les délire de « Soleil Sale », un connecté du minitel, pour autant d’oracles qui le mènent jusqu’au vrai fond où sexe, sang et mort ne sont plus virtuels. OK (re-bis) voilà donc un bouquin précurseur (encore un livre passé au pilon surement...) sur le thème de "la hype" (la vanité hein j'vais pas faire encore un cours dans une fac2merde (bien que ça paye bien) sur ce putain2mot2merde, l'écriture électronique, le réseau (minitel à l'époque) sous un mode "classique" (narratif avec une histoire, des personnages etc. mon cauchemar quoi). Manque de pot à l'époque les journaleux-hypeux ont préféré des romans plus "basiques" plus "vendeurs" on dira (...) OK (re-re-bis) SOLEIL SALE je l'ai trouvé par hasard l'an dernier (!!!) dans une bouquinerie2merde à St Raph'(wé wé nobody is perfect) et je l'ai lu (très rare que je lise because les jeux vidéos ça prend au moins 15 heures pour arriver au générique de faim...) comme quoi les perles parfois on les trouve dans la fange (comme le film 23 " I, Zombie : A chronicle of pain" d'Andrew Parkinson pêché dans les navets et autres nanars de mon dealer de DVD's... voilà... BRAVO encore à LSU ! et FUCK LES PRIX DE L'AUTRE PUBARD RIVE-GAUCHE QUI POSE DANS LE METRO COMME LA DERNIERE PET4$$ à DEUX BALLES. Le St. (oo) du SDH Le St. (oo) du SDH a écrit : Le Lauréat Prix du Style 2007 est un fan du Blackblog et un pote des Théolier bro'thers ! Il était à la dernière palette.... a.k.a LSU* 

Thierry Théolier