LA FONDATION POPA / JACQUES BINSZTOK / LA CROIX


Portrait

Jacques Binsztok, éditeur curieux et nomade
Venu du Seuil avant de créer sa propre maison, Panama (fermée en 2009), il crée une nouvelle collection de littérature chez Bayard : JBK.  

Il est un itinérant de l'édition. Jacques Binsztok, malgré les aléas de ce métier, les faillites et les différences de vues qui ont pu l'amener à changer de maison au fil des années, a poursuivi son métier avec la même passion.

Celui que d'anciens collaborateurs définissent volontiers comme un homme ouvert, parfois provocateur, et très réactif, a eu le parcours atypique de ces éditeurs ayant débuté dans les années soixante-dix, et « par hasard ». Il fut tout d'abord professeur d'histoire dans un lycée de Mantes-la-Jolie, où les voyages en train depuis la capitale lui permirent de sympathiser avec un collègue, qui le présentera au patron des Éditions des Autres. Celui-ci lui donne sa chance avec un premier projet autour d'un ensemble de traduction du yiddish, langue qu'il venait d'étudier à Paris 7. Suivront de nombreux petits boulots dans diverses maisons, avant qu'il n'édite, comme un joli clin d'œil, une version illustrée d'un roman du maître du yiddish Isaac Bashevis Singer.

Jacques Binsztok ne quittera l'enseignement que lorsque Francis Esmenard, patron d'Albin Michel, lui proposera de diriger le département jeunesse de la maison. En 1992, il part pour le Seuil. Après douze années et de gros succès (Le Monde de Sophie du Norvégien Jostein Gaarder, Le Voyage de Théo de la philosophe Catherine Clément, Le Théorème du perroquet de Denis Guedj), il quitte la maison en 2004 au changement de direction et d'actionnaire, pour créer les Éditions du Panama.

« C'était une continuité évidente, explique-t-il aujourd'hui. La littérature, et une importance accordée à l'image. » Avec des beaux livres mais aussi de magnifiques couvertures colorées pour les romans, il joue toujours la carte double de la fiction et de l'objet illustré, précédemment développée à la direction du département Seuil images.

En littérature française, il publie Bernard Chambaz, Hervé Hamon, Martine Delerm, Vincent Ravalec, Louis-Stéphane Ulysse. L'aventure se termine par une déception, la mise en liquidation judiciaire de Panama en juin 2009, après le défaut d'un investisseur. « Quelles que soit les causes de l'échec, témoigne Jacques Binsztok, on doit le prendre pour soi seul. Et cela reste difficile. La seule solution est d'essayer de faire autre chose. » L'éditeur créé son label, «JBZ», aux Éditions Hugo & Cie. Il y connaîtra un certain nombre de succès, notamment pour le livre singulier et amusant de Thierry Maugenest, Les Rillettes de Proust (25000 exemplaires vendus). Et c'est avec ce même auteur qu'il inaugure aujourd'hui une nouvelle collection, chez Bayard, portant aussi ses initiales : «JBK». « Oui, je vais peut-être finir en Fantomas, s'amuse-t-il, … un éditeur masqué. »

« Jacques Binsztok a proposé à Bayard des projets à la fois littéraires et documentaires, explique le directeur littéraire Frédéric Boyer. Son savoir-faire dans l'édition nous a paru très complémentaire du nôtre et constituer une chance de développement, avec l'ouverture du catalogue de Bayard à la fiction pour adultes. » Les deux premiers titres viennent de paraître : Thierry Maugenest, Bâchez la queue du wagon taxi avec les pyjamas du fakir, et Henri Cueco, Passage des Astragales. Jacques Binsztok a bien d'autres projets dans ses bagages, avec le musicologue Claude Abromont, Louis-Stéphane Ulysse, Guillaume Lecasble. L'éditeur ne semble pas pessimiste, malgré les incertitudes de cette période de mutation : « Nous sommes éditeurs, pas imprimeurs, ni marchands de papier. Je crois au numérique et à la possibilité de développer des projets très enrichis. Ce qui compte n'est pas le support, mais le message que l'on souhaite faire passer au public. »


AUDRERIE Sabine

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