HAROLD / BLOG "SUR MES BRIZEES"

"Harold", Louis-Stéphane ULYSSE

   États-Unis, début des années 60.
  Chase Lindsey, éleveur d’oiseaux, recueille un corbeau dont le nom, 
Harold, est inscrit sur une bague rivée à l’une de ses pattes. 
Il est frappé par sa surprenante intelligence mais aussi 
par son caractère farouche, voire agressif. Peu de temps après, 
il est contacté par Ray Berwick, dresseur à Hollywood, auquel il va 
prêter main forte sur le tournage des « Oiseaux » d’Hitchcock.
  Sur place, Chase est fasciné par la nouvelle actrice fétiche 
du réalisateur, Tippi Hedren. Mais il n’est pas le seul à l’être : 
Harold aussi tombe sous son charme et, dès lors, 
manifeste vis-à-vis de la jeune femme un inquiétant 
comportement protecteur.
  Chase fait aussi la connaissance d’Eva Beaumont, 
la doublure lumière de Tippi, moins séduisante que l’actrice 
mais dont il devient proche.
  Autour d’eux gravite tout le petit monde d’Hollywood, 
dont un certain nombre d’individus plus ou moins recommandables, que Berwick et Chase 
finissent par côtoyer…


   « Harold » est un roman d’atmosphère, un roman qui, insensiblement, devient 
de plus en plus tendu et noirà l'image du corbeau dont il porte le nom, 
ombre menaçante planant sur tout le récit.
   Au fil de chapitre courts, ramassés sur eux-mêmes, 
Louis-Stéphane Ulysse campe avec efficacité des personnages réels ou imaginaires : 
ils se côtoient en étant aussi crédibles les uns que les autres
de même que les trucages sur une pellicule ne se laissent pas deviner 
car tout paraît vrai (je pense aux trucages présents dans « Les oiseaux », 
d’Hitchcock, tels qu’ils sont évoqués dans le roman : j’avais revu le film 
il y a peu et je m’y étais laissée totalement prendre).
   Le début du roman, après les pages présentant l’histoire antérieure 
de Harold et distillant déjà une certaine inquiétude, se situe dans un cadre naturel 
avec la ferme où Chase élève ses oiseaux, puis le tournage 
des extérieurs des « Oiseaux », à Bodega Bay. 
Mais progressivement l’environnement urbain s’impose 
et c’est Hollywood qui se retrouve sur le devant de la scène, 
avec ses mœurs gangrénées par la mafia qui semblent réussir à contaminer 
certains des protagonistes. L’auteur intègre habilement les incidents (réels) 
du tournage des « Oiseaux » et les relations (là aussi avérées, au moins pour l’essentiel) 
du réalisateur avec l’actrice Tippi Hedren, soit des éléments présentant 
un intérêt documentaire pour tout cinéphile amateur, à une trame romanesque relevant, 
elle, de son imagination, mais qui s’y adapte parfaitement, comme si elle se contentait de les prolonger.
   Au fur et à mesure, le thème principal, par cercles concentriques, 
s’élargit à des domaines adjacents (la mafia et le cinéma, avec l’émergence de la pornographie 
et de la violence ; le poids des événements socio-politiques du moment) 
par le biais d’incidents annexes représentant autant de micro-récits 
(ce qui pourra gêner certains lecteurs, car le nombre des intervenants, 
parfois éphémères, s’en trouve augmenté d’autant) : ils l’inscrivent dans un contexte 
historique marqué et cet environnement va lui aussi, en retour, 
interférer dramatiquement dans l’histoire racontée. L’écriture, au plus près des instants vécus, 
colle aux êtres et aux situations, elle est précise et dense, 
à la fois retenue et percutante, c’est elle aussi qui donne sa couleur au récit 
et elle m’a plu immédiatement.

   « Harold », roman pas ordinaire, m’a permis de découvrir un auteur que je ne connaissais pas 
et que je ne risque pas d’oublier : servi par une plume d’une qualité indéniable, 
il illustre à sa manière, troublante, une certaine période des Etats-Unis, 
où le glamour hollywoodien n’était qu’un trompe l’œil.

« Harold », Louis-Stéphane ULYSSE
Editions Le Serpent à plumes (341 p)
Livre reçu dans le cadre d’un partenariat de BoB avec les éditions Le Serpent à plumes.