HAROLD / BLOG LES LECTURES DE FOLFAERIE

dimanche 1 août 2010
Avant toute chose, un grand merci à Blog O Book et aux éditions Le serpent à plumes pour ce partenariat. Je l'ai repéré d'abord à cause de la couverture. J'aime bien Tippi Hedren car je suis depuis plusieurs années les efforts de sa fondation pour récupérer des félins chez des particuliers. Et oui, certains américains ont pour animaux de compagnie des tigres ou des lions, comme on possède des chats. Je vous laisse imaginer les conditions de vie de ces bêtes... Mais ceci est une autre histoire.  Et puis elle a joué dans l'un de mes films cultes : Pas de printemps pour Marnie.
Ensuite, le résumé m'a immédiatement fait penser à l'ambiance du fantôme d'Hollywood de Ray Bradbury que j'avais adoré. Ce en quoi je me trompais comme je l'expliquerai après...

Une fois le livre reçu, je m'aperçois (et oui cela ne m'avait pas sauté aux yeux !!) que non seulement l'auteur est français, et qu'en plus il est vivant ! Un grand événement pour mon blog si on se rappelle que, côté français, je chronique surtout (en fait à une écrasante majorité) des écrivains  morts...

Alors le roman m'a-t-il plu ? Et bien oui, ô miracle !

Malgré la première touche de mystère et d'angoisse des premières pages dans lesquelles nous faisons connaissance avec le corbeau Harold et son premier maître, un curieux magicien, les premiers chapitres se déroulent tranquillement et presque sereinement pour permettre à l'histoire de prendre place. Le jeune corbeau se retrouve seul dans des circonstances dramatiques et échoue, blessé, chez Chase Lindsey, éleveur d'oiseaux vivant dans une ferme isolée. Le courant passe plutôt bien entre le corbeau et l'homme solitaire. Ce dernier est alors choisi pour un job qui va changer sa vie à tout jamais : travailler comme dresseur sur le plateau du tournage des Oiseaux, le nouveau film d'Alfred Hitchcock.

L'action se passe donc dans les années 1960 aux USA. Le monde d'Hollywood (univers très impitoyable) est fort bien décrit (l'auteur est également scénariste, ceci explique probablement cela), j'avais même l'impression d'assister en direct au tournage du film. La plupart des protagonistes ont existé et Louis-Stéphane Ulysse s'est servi d'anecdotes et faits véridiques et vérifiés : un exemple parmi d'autres : Hitchcock était un grand malade, un homme insupportable qui ne cessait de harceler Tippi Hedren.
Quant aux  liens entre les studios hollywoodiens et la mafia, ils n'étonneront plus personne... A partir du moment où Chase mets les pieds sur le plateau, une atmosphère plus sombre s'installe et le récit devient plus glauque.
Comme je le disais au début de mon billet, je m'étais persuadée que ce roman me rappellerait Le fantôme d'Hollywwod; Erreur, il penche sacrément vers l'univers de James Ellroy. Au fil des pages, on croise des mafiosis fictifs, de petites frappes allumées comme les frères Gianelli mais aussi de véritables célébrités locales comme Johnny Stompanato ou Mickey Cohen. Ceux-là, je les avais déjà croisés dans L.A. Confidential d'Ellroy.
Quelle époque tout de même... Ulysse nous offre ainsi un petit rappel de ces années capitales avec en point d'orgue l'assassinat de Kennedy.

Et que devient Harold dans tout ça ? L'énigmatique corbeau fait partie du lot d'oiseaux capturés pour le tournage du film et s'est attaché à l'actrice Tippi Hedren, lui vouant même une affection jalouse. Et malheur à celui qui approchera de trop près la belle blonde. Le pauvre Chase en fera les frais...

C'est bien difficile de communiquer son enthousiasme pour un roman à suspense sans trop en dire. Je ne veux évidemment ni dévoiler les rebondissements ni la fin qui m'a particulièrement émue. Je vais donc m'en tenir à une énumération des qualités du livre : j'en ai aimé l'écriture, nerveuse et sèche, les portraits croisés de Chase, Tippi et de Harold, l'originalité de l'histoire. A un tout petit moment, je me suis dit que c'était une sorte d'hommage à certains romans d'Ellroy, sur cette époque qui continue de fasciner nombre d'écrivains, et un peude déjà-lu mais le fait d'avoir choisi un corbeau comme véritable "héros" de cette histoire est si peu ordinaire que cela a rapidement gommé ma première impression (et si je vous dis que jusqu'à la dernière page je m'angoissais pour ce satané corbeau !).

C'est un polar mais qui déborde un peu de son genre. Car c'est aussi l'histoire d'une déchéance (qu'elle est dure et poignante la descente aux enfers de Chase...) et la chronique d'une époque enfuie, sordide et néanmoins fascinante.
Bref, une excellente surprise, un très bon roman que je recommande vivement, que l'on soit amateur de polar ou non.