LA FONDATION POPA / STEPHANE BERTHOMET / LE MAGAZINE DES LIVRES

Interview « Garde à Vue  littéraire»


Un acteur du monde de l’édition est interviewé sans détours sur ses « activités » littéraires… Ce mois-ci, nous convoquons au lieu dit «le Bar du Marché » à Paris 6ème, le nommé Louis-Stéphane Ulysse, auteur, qui s’apprête à commettre son septième roman, « La Fondation Popa », à paraître ce mois aux éditions Panama.
Jeans, pull et Nike (d’époque) aux pieds, notre homme se présente à l’heure convenue. Sans plus attendre, nous commençons son interrogatoire littéraire…


1/ Déclinez votre nom, prénom, âge et profession.
La notion d’identité, quand on écrit, est très floue. « Je suis dans ce que j’écris » mais « Je ne suis pas ce que j’écris ». C’est Alexandre Jodorovsky qui raconte que, quand il écrit, il ne reconnaît pas ses mots, alors il finit par les questionner : « Qui est-ce qui écrit ? C’est moi ? » et les mots lui répondent : « Non, c’est une voix. » J’aime bien cette définition.


2/ D’après nos fichiers, vous exercez de nombreuses activités, pouvez-vous nous éclairer à ce sujet ?
J’écris en fonction des supports. J’aime bien travailler aussi avec les autres pour partager, pour échanger ; cela peut aller de collaborations pour le cinéma, comme avec Thierry Jousse ou Jérôme Boivin, le réalisateur de « Baxter », à aider le footballeur Jacques Glassman à raconter son histoire, ou écrire des sketchs pour un comique ou, encore, et avoir envie de faire un livre musical avec Jerry Dammers, le fondateur des « Spécials » et du label « 2-Tone ». En France, on ne comprend pas toujours bien qu’on puisse fonctionner comme ça,  le retour sur mon travail n’est pas toujours évident, j’avance « sans filet ». Pourtant, c’est un principe admis en musique. Un guitariste comme Chris Speeding fait des albums assez confidentiels, accompagne Bryan Ferry tout en produisant les premières maquettes des Cramps… Ce type de fonctionnement permet de ne pas être sur soi mais sur son travail.


3/ Vous avez été clairement identifié comme étant un auteur multirécidiviste, pouvez-vous nous parler de ce que vous avez commis à ce jour ?
Pour moi, un livre que j’ai écrit, c’est comme une étoile : je sais qu’elle existe mais elle ne vibre plus pour moi. Elle se ballade quelque part et si des gens peuvent la voir, la capter, c’est bien. La magie de l’écriture, c’est son rapport au temps : comment des livres écrits bien avant vous finissent par vous toucher aujourd’hui, là où vous êtes… Je n’ai pas de livres de moi là où je vis ; quand je veux en donner un, je le commande sur internet.


4/ Vos relations avec le « milieu » littéraire ne semblent pas avoir été toujours simples, pourquoi avoir changé aussi souvent d’éditeur ?
Je m’adapte à mes projets. À chaque fois, il y a une remise en cause même si ce n’est pas très confortable ; je fais avec la place qu’on me donne. Après, il y a les rencontres, le fait de travailler dans la même direction, dans le même temps. « La Fondation Popa »,n’aurait pas la même valeur sans le travail de Jaques Binsztok et de l’équipe de Panama.


5/ Vous avez fait partie de la nouvelle génération d’auteurs, comme Virginie Despentes, qui ont connus leurs premiers succès dans les années 1990, parlez nous aujourd’hui de vos anciens complices…
C’était plutôt à la fin des années 90… Je vois ça plus comme une nouvelle génération d’éditeurs que d’auteurs. Marion Mazauric a ouvert le marché du poche chez J’ai lu à des auteurs qui n’y auraient pas accédé aussi facilement sans cela. Elle validait le travail en amont d’un éditeur comme Florent Massot d’où nous venions avec Virginie. Dans la première vague, il y avait également Vincent Ravalec, Claire Frédéric, Michel Houellebecq et éric Holder. La brèche créer par Marion Mazauric a permis d’éclairer de petites structures comme Le Dilettante ou les éditions Michalon…


6/ Vous êtes l’auteur d’un ouvrage intitulé « La Fondation Popa », pourquoi ce livre au titre énigmatique, et que pouvez-vous nous en dire en quelques mots ?
C’est un texte sur la création, la filiation, la transmission, « Qu’est-ce que l’on donne », « Qu’est-ce qu’on laisse », avec des personnages qui font comme ils peuvent avec ça. « Que fait-on de l’art dans nos vies ? », « Est-ce que cela peut encore aider quelqu’un ? », Ce livre ne raconte pas l’histoire d’une personne mais de plusieurs vies qui se cherchent un même ciel.


L’intéressé ayant répondu à nos interrogations, nous lui notifions qu’il est mis fin à sa « garde à vue littéraire », et qu’il se trouve à nouveau libre d’aller et venir en littérature.