LES INVISIBLES / JEAN-LUC DOUIN / LE MONDE

On n'épuisera pas ici tous les échos suscités par le scénario de Thierry Jousse, Louis-Stéphane Ulysse et Camille Taboulay. Rien de gratuit dans cet écheveau complexe où le musicien ressort un vieux téléphone de son placard pour ne pas rompre le fil avec Lisa. Où il se rend compte, après une nuit passée avec une 
autre adepte du sexe à l'aveugle, qu'il fût cobaye d'une romancière en mal d'inspiration. Et où l'insistante ritournelle de Pierre et le loup souligne ce que sa poursuite de la voix d'une âme soeur doit à l'enfance.
Pour ce qui est du message des Invisibles, on retiendra la belle idée d'une émotion vouée à surgir du noir (le propre du cinéma) et qui ne conserve son innocence qu'en flattant l'oreille. L'amour serait d'abord affaire d'écoute et de murmures. Pour ce qui est de la mise en scène, Jousse a aussi un regard. Ses 
cadrages ne dévoilant les corps que par fragments prouvent son souci de filtrer le visible.


Film français de Thierry Jousse avec Laurent Lucas, Margot Abascal, Lio, Michael 
Lonsdale. (1 h 25.)