WEB, UNE HISTOIRE DU WESTERN PAR LIAM DEBRUEL, LE COIND ES CRITIQUES CINE

Une histoire du Western
 mai 3, 2018  Liam Debruel


Le western est un genre qui semble revenir en force, en témoigne la sortie ces dernières années de titres aussi marquants que « Bone Tomahawk », « Brimstone » ou plus récemment « Hostiles ». La sortie de deux livrets chez Carlotta est donc une excellente occasion de se repencher un peu sur ce format.

« Une histoire du western » se divise en deux volumes : l’un concentré sur les cowboys, l’autre sur les indiens. Comme l’écrit Louis-Stephane Ulysse, ces deux figures du genre ont connu différentes manières d’être abordées, véhiculant chacune une certaine image de l’Amérique dans des productions qui finiront par s’hybrider à d’autres genres. L’auteur arrive à revenir sur certaines icônes, telles que John Wayne ou Clint Eastwood, et ouvre la voie à n’importe quel néophyte pour se lancer dans un style lié fortement aux États-Unis. Les textes se lisent avec une certaine rapidité qui devrait attrister certains que les livrets ne se composent « que » de 192 pages chacun. Il faudrait également aborder l’aspect abondamment illustré de chaque volume avec pour chacun plus de 130 photos. Bref, de quoi rentrer directement dans l’univers du western.

Décrit par certains comme désuet, le genre dégage pourtant une force cinématographique incommensurable, se reposant souvent sur certains codes mais donnant une image assez unique d’un univers aux frontières morales constamment brouillées. L’un des films fournis dans le premier volume, « La horde sauvage », appuie ce questionnement des actes de chacun, déterminés par des circonstances imposantes et une violence omniprésente. La base même du western se révèle alors tel un tableau vierge, un cadre que n’importe quel artiste peut se réapproprier pour parler de thématiques plus ou moins modernes. L’hybridation telle que déclarée plus haut est alors logique, le genre se fondant aisément à n’importe quel autre afin de se retrouver face à une vision nouvelle.
C’est quelque chose qui est confirmé par la sélection des titres contenus dans ces éditions. Le volume centré sur les cowboys reprend, en plus de « La horde sauvage » mentionnée plus haut, « Alamo », « Il était une fois dans l’ouest », « Josey Wales Hors-la-loi », « Tom Horn, sa véritable histoire » et « True Grit ». Concernant le volume sur les indiens, les films présents sont « La flèche brisée », « La prisonnière du désert », « Soldat bleu », « Little big man », « Jeremiah Johnson » et « Danse avec les loups ». Tous ces longs-métrages se retrouvent sur des DVD de qualité qui devraient permettre à beaucoup de (re)découvrir leurs classiques au vu du respect accordé à leur support.

Ayant connu un pic de popularité aussi élevé que celui des productions super-héroïques dans le passé, le western peut paraître connaître un second souffle ces dernières années en s’échappant des codes qu’on lui a administrés ou en jouant avec. C’est ainsi que l’année passée, « Brimstone » en prenait le cadre pour souligner l’horreur du traitement envers la femme d’une société patriarcale, ou que « Logan » s’en est réapproprié les bases pour traiter de la disparition du Rêve Hollywoodien. C’est quelque chose qui est régulièrement oublié par les gros studios : la répétition mécanique d’un genre ou de codes sans innovation mène toujours à une saturation dudit genre. C’est ce qui a amené notamment à une dissipation des productions de western durant plusieurs années. Un genre, pour subsister éternellement, se doit de se renouveler et de se redécouvrir, même en gardant des attaches avec le passé. Un cycle de construction désincarné ne peut que conduire à créer les mêmes habitudes chez les spectateurs avant que cela ne les mène sur d’autres routes. En créant de nouveaux chemins narratifs ou esthétiques, un style deviendra éternel. C’est ce que les créateurs derrière de nombreux westerns contemporains ont compris.

« Une histoire du western » devrait amener tout amoureux du cinéma à appréhender tout un pan de celui-ci tout en prenant en compte la division « morale » qui s’est créée dans ces productions entre deux types de protagonistes qui restent mémorables par la nuance. De quoi se rappeler que c’est la présence de celle-ci qui permet à n’importe quelle production de marquer et à n’importe quel genre de partir découvrir de nouveaux territoires…